Un point de vue de Philippe Frémeaux, directeur du mensuel Alternatives Economiques.
Quelle femme n’a pas attendu, lors d’un départ en vacances, quinze bonnes minutes pour accéder aux toilettes d’une station d’autoroute ? Quelle amoureuse de théâtre n’a pas passé l’essentiel de l’entracte à attendre pour soulager sa vessie et s’est trouvé privée du plaisir de commenter les performances des acteurs en buvant un verre avec ses ami(e)s ?
C’est un fait : dans l’ensemble des bâtiments publics, le nombre de m2 consacré aux toilettes des hommes et des femmes est toujours identique, selon une symétrie architecturale qui semble ancrée dans le marbre. Alors que dès mon plus jeune âge, j’avais compris qu’entre autres avantages dont la nature a généreusement doté les hommes, il y a celui de pisser debout(1), les architectes ne s’en sont toujours pas aperçu. Résultat : le nombre de places dont disposent les femmes pour uriner est généralement près de deux fois inférieur à celui offert aux hommes. Sachant que, mécaniquement, les premières mettent un peu plus de temps à soulager leur vessie (entrer dans les toilettes, fermer la porte, se déshabiller... sans compter le temps passé, pour certaines d’entre elles, à changer leur protection périodique), on comprend qu’il y ait toujours la queue devant les toilettes des dames... C’est ainsi que, chaque année, des millions de femmes perdent des centaines de milliers d’heures, dans une position inconfortable - ce n’est pas particulièrement agréable d’attendre alors qu’on a très envie de faire pipi. Une situation vécue comme une sorte de fatalité liée à leur genre alors qu’il suffirait tout bêtement de doubler la surface des toilettes destinées aux femmes pour y mettre un terme.
Cette question m’irrite depuis des années. Sans pour autant faire quoi que ce soit pour la changer. Après tout, je ne suis ni architecte, ni militant féministe affiché. Et ma vie professionnelle est consacrée à dénoncer des problèmes bien plus graves pour l’humanité en général et pour les femmes en particulier. Pourquoi alors lancer un tel manifeste ? Ne vais-je pas nuire à l’image des journaux qui m’emploient en m’engageant dans ce combat un peu pipi caca qui ne manquera pas de faire sourire les gens importants qui s’occupent des « vrais problèmes » ? Peut-être. Mais les gens importants font aussi pipi et caca (même s’ils n’aiment pas trop en parler). Autre question : en m’intéressant à cette question dont je reconnais bien volontiers qu’elle est d’importance secondaire, ne vais-je pas contribuer à distraire l’attention de combats bien plus essentiels pour le sort des femmes ? C’est vrai, l’enjeu de la parité en matière de toilettes est bien léger face aux inégalités subies par les femmes en matière d’emploi. Ou face aux violences dont elles sont victimes dans l’univers domestique ou professionnel...
Si je franchis finalement le pas aujourd’hui, c’est que cette question des toilettes est un puissant révélateur de la façon dont est pensée l’égalité dans notre République. Les décideurs de tout poil - en l’occurrence les architectes - croient encore qu’il suffit d’offrir à tous ce qui convient le mieux aux dominants pour que l’égalité soit établie. Sans s’interroger plus avant sur la situation spécifique des uns et des autres. C’est ainsi qu’on conçoit des toilettes pour hommes et femmes de manière identique, et qu’au bout du compte, les secondes en ont deux fois moins... C’est ainsi que l’école qui convient aux enfants de bourgeois est censée convenir, au nom de l’égalité républicaine, aux enfants issus de milieux moins favorisés, qui ne bénéficient pas des mêmes aides familiales et des mêmes recours. Ou que les autobus mis en service aujourd’hui demeurent plus que jamais inaccessibles aux handicapés. Sans être un chantre systématique de la discrimination positive, qui peut parfois conduire à stigmatiser ceux qui en bénéficient, je fais partie de ceux que révolte cet égalitarisme de façade qui assure la perpétuation de multiples discriminations et dominations. Lutter pour accroître le nombre de places dans les toilettes des dames ne fera sans doute guère avancer la cause des femmes, mais cela peut contribuer à faire prendre conscience, à partir d’un exemple que chacun a nécessairement déjà vécu à maintes reprises, combien notre société a besoin d’être plus attentive aux besoins des uns et des autres pour devenir plus douce à tous. Il serait pourtant bien simple de modifier les normes imposées en matière de construction. Et peu coûteux d’entreprendre les travaux nécessaires, dans tous les bâtiments recevant du public, pour établir enfin une véritable égalité entre genres face à l’envie de faire pipi. Tous ceux qui n’ont pas pris ce point de vue pour un canular mais comme une affaire sérieuse (même si elle peut faire sourire) devraient agir en ce sens, qu’ils (elles) soient architectes, militantes féministes, gérant(e)s de station service, directeurs(trices) de salles de spectacles, ou simples citoyen(nes).
(1) Encore qu’il s’agit largement d’une habitude culturelle. Dans de nombreux pays les hommes pissent accroupis.
le 7 mai 2013
La place des femmes dans les manuels scolaires
Sur près de 3 500 personnages sexués répertoriés dans les manuels scolaires, on décompte une femme pour cinq hommes, selon deux études menées par le Centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert. Ces deux études font le même constat de la sous-représentation des femmes et de la persistance des représentations stéréotypées dans les manuels scolaires. L’Observatoire des inégalités propose des extraits de ces rapports.
le 2 avril 2013
La construction des inégalités entre filles et garçons à l’école maternelle
L’ école maternelle constitue un lieu de socialisation central dans la construction des inégalités entre les filles et les garçons. Une analyse de Véronique Rouyer et Yoan Mieyaa de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail.
le 8 mars 2013
Carrefour aime la « femme digitale »
Spécialiste des temps partiels imposés, l’enseigne de grande distribution se donne bonne conscience en finançant des manifestations prétendument féministes. Extrait de l’Humanité du 8 mars 2013.
le 5 mars 2013
Le long chemin vers l’égalité professionnelle
La forte progression du salariat féminin n’a pas débouché sur une égalité professionnelle. Pas plus qu’elle ne s’est accompagnée d’une redéfinition des rôles dans la famille. Le point de vue de Hélène Périvier, économiste à l’OFCE. Extrait du hors-série poche Alternatives Économiques « Les inégalités en France ».
le 28 février 2013
Inégalités hommes-femmes : les non-dits du 8 mars
50 % de femmes députées ou chefs d’entreprise, et alors ? Pour établir l’égalité hommes-femmes, il faut se poser la question de la façon dont fonctionne l’entreprise, la famille ou l’école. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
le 28 février 2013
Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France
Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent, mais on est encore loin d’atteindre l’égalité. Le tour de la question en France par l’Observatoire des inégalités.
le 31 janvier 2013
Quelle est la différence entre inégalité sociale et discrimination ?
le 16 janvier 2013
www.jeunes.inegalites.fr : un nouvel espace pour les jeunes
L’Observatoire des inégalités lance son espace dédié aux jeunes, avec des fiches thématiques, des vidéos, une nouvelle et plein de choses à venir.
le 5 janvier 2013
Concours de clips vidéo prix « Jeunesse pour l’égalité »
Le prix « Jeunesse pour l’égalité » est terminé ! Nous avons reçu 57 films : pour une première, c’est un succès ! Découvrez les lauréats.
le 28 décembre 2012
Mariage homosexuel, inégalité et injustice
Le débat sur la légitimité du mariage homosexuel porte, au fond, sur la légitimité de l’homoparentalité. Le refus de reconnaître juridiquement l’un et l’autre ne constituerait-il pas un cas manifeste de discrimination ? Une analyse de Patrick Savidan, professeur de philosophie sociale et politique à l’Université de Poitiers.
le 7 novembre 2012 Dans « Un siècle de travail des femmes en France » (ed. La Découverte), Margaret Maruani et Monique Meron passent à la loupe l’activité des femmes au fil du siècle. Un travail au long cours, et quelques résultats étonnants.
« La progression du nombre de femmes ingénieures ne doit pas faire oublier le sous-emploi des caissières », entretien avec Margaret Maruani et Monique Méron.
le 28 août 2012
« Les inégalités en France 2012 » : tout savoir sur les inégalités
Le magazine Alternatives Economiques publie « Les inégalités en France », un hors-série qui se fonde sur le travail réalisé depuis bientôt dix ans par l’Observatoire des inégalités. Un document indispensable pour avoir sous la main les chiffres essentiels et les analyses des meilleurs experts du sujet. Quelques extraits en avant première.
le 27 juin 2012
Inégalités salariales : « Au moment de l’arrivée dans le monde du travail, il est déjà trop tard », Louis Maurin de l’Observatoire des inégalités
Les femmes gagnaient toujours 19,7% de moins que les hommes, en 2010, d’après les chiffres publiés par l’Insee. Explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait du quotidien Libération.
le 19 mai 2012
Inégalités : les dix dossiers du président de la République
L’élection présidentielle est l’occasion d’établir une feuille de route pour l’avenir. Les inégalités figurent en tête des priorités des Français. Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités, présente les dix principaux dossiers qui sont sur la table du nouveau chef de l’État.
le 19 avril 2012
Inégalités : les 10 indicateurs clés
Comment évoluent les inégalités ? 10 indicateurs les plus pertinents pour aller à l’essentiel. Par Noam Leandri et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.
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Objectif : Emplois, revenus, niveau d’éducation… Les moyennes nationales cachent souvent des écarts considérables entre les territoires. Cet outil permet d’accéder à un ensemble d’indicateurs sur l’ensemble des communes, des départements et des régions de France.
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