Les inégalités sociales sont fortes dès le collège

23 septembre 2016 - 58 % des élèves des sections pour jeunes en difficulté au collège sont issus de catégories sociales défavorisées, 2 % sont enfants de cadres supérieurs. Selon le milieu social, la réussite des élèves au collège est très inégale.


Dès l’entrée en sixième, vers l’âge de 12 ans, les élèves ne sont plus sur un pied d’égalité. Plus de 20 % des enfants d’inactifs et plus de 10 % des enfants d’ouvriers ou d’employés ont redoublé, contre 2 ou 3 % des enfants de cadres supérieurs, selon le ministère de l’Education nationale (données 2015). Une partie des écarts puise son origine à l’école maternelle et primaire.

Proportion d'élèves en retard à l'entrée en sixième à la rentrée 2015
Selon l'origine sociale de l'élève
Unité : %
Garçons
Filles
Agriculteur8,85,3
Artisan, commerçant9,26,6
Cadre3,12,1
Profession intermédiaire6,54,7
Enseignant2,62,0
Employé9,97,6
Ouvrier14,611,7
Retraité15,112,5
Inactif24,220,6
Ensemble10,98,6

Source : ministère de l'Education nationale - © Observatoire des inégalités

90 % d’enfants de milieu populaire en classes adaptées

Les élèves ne suivent pas les mêmes filières. Les enfants d’ouvriers, d’employés et d’inactifs représentent près de 90 % des élèves des sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) [1], contre 53 % des jeunes qui suivent un enseignement général (données 2014). Les enfants de cadres supérieurs représentent 2 % des élèves de Segpa, dix fois moins que leur part dans l’enseignement général.

Répartition des collégiens en fonction de la filière et de la catégorie sociale
Unité : %
Enseignement général
Enseignement pour élèves en difficulté (Segpa)
Agriculteurs21
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise116
Cadres supérieurs212
Professions intermédiaires135
Employés1714
Ouvriers2744
Inactifs928
Total100100

Source : ministère de l'Education nationale - Données 2014 - © Observatoire des inégalités

En fin de troisième, 10 % des élèves de milieu très favorisé ont déjà redoublé, 3,5 fois moins que les élèves de milieu défavorisé. La part d’élèves de milieu défavorisé en retard en fin de troisième a nettement baissé entre 2004 et 2013 (de 53 % à 35 %) et l’écart s’est réduit avec les élèves de milieu très favorisé (passés de 19 % à 10 %). Mais cette évolution reflète surtout un recours moindre au redoublement, qui a fait preuve de sa faible utilité, mais qui n’est pas réellement remplacé par des moyens nouveaux de rattrapage. Une partie plus importante qu’auparavant des jeunes termine le collège avec des lacunes.

Les résultats au brevet reflètent aussi l’origine sociale. Le taux de réussite est en moyenne de 86,4 %, mais il varie de 80,8 % à 96,5 % selon que l’élève a un parent ouvrier ou cadre supérieur. Le score des enfants d’enseignants frôle les 100 %.

Evolution de la proportion d'élèves en retard en troisième
Selon la catégorie sociale
Unité : %
2004
2013
Très favorisée1910
Favorisée3117
Moyenne3823
Défavorisée5335
Total3924
Elèves de troisième, Segpa inclus, enseignements public et privé. Lecture : en 2004, 19 % des élèves de troisième très favorisés avaient un an de retard ou plus.
Source : ministère de l'Education nationale - © Observatoire des inégalités
Taux de réussite au brevet des collèges
Selon la catégorie sociale
Unité : %
Taux de réussite
Agriculteurs exploitants93,7
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise89,0
Cadres supérieurs96,5
- dont professeurs et assimilés97,9
Professions intermédiaires91,6
- dont instituteurs et assimilés96,8
Employés86,2
Ouvriers80,8
Ensemble86,4

Source : ministère de l'Education nationale - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Les inégalités sociales se constituent avant le collège, mais une grande partie de l’avenir des jeunes se joue à ce moment de leur scolarité. La coupure marquée avec le primaire dans la façon d’enseigner, l’académisme des enseignements au secondaire (calqués sur l’enseignement universitaire), la fréquence des évaluations et bien d’autres facteurs alimentent le lien entre milieu social et inégalités. Les modules de soutien scolaire mis en place ne peuvent pas grand-chose face à l’ampleur des écarts. Une partie des jeunes décrochent et attend l’âge de fin de scolarité obligatoire faute de solution adaptée pour eux ou faute d’avoir été entendus au moment de leur décrochage.

La fin de collège est un point de bifurcation essentiel. C’est au moment du passage en seconde que l’on va réellement séparer les jeunes d’une classe d’âge. 85 % des enfants de milieu favorisé vont en seconde générale et technologique, proportion deux fois supérieure aux enfants de milieu défavorisé. Une partie de ces derniers sont contraints d’opter pour des filières professionnelles et un avenir qu’ils ne souhaitent pas.

Accès en seconde générale et technologique selon l'origine sociale
Unité : %
Origine sociale favorisée
Origine sociale défavorisée
Ecart en points
Rapport
Rapport des chances
196777,823,054,83,411,7
198577,526,750,82,99,4
199487,840,147,72,210,7
200084,639,045,62,28,6
201284,842,442,42,07,6
Pour les années, il s'agit de suivi des élèves entrés en sixième cinq ans plus tôt. Certains ont redoublé.
Source : Cnesco d'après ministère de l'Education nationale et Ined - © Observatoire des inégalités
Le rapport des chances : il compare les chances d’accès en seconde d’une catégorie à une autre. Les chances d’une catégorie donnée sont mesurées par le rapport entre la part de ceux qui y accèdent et de ceux qui n’y accèdent pas. Par exemple, pour un enfant d’origine sociale favorisée, la ’chance’ d’accéder à la seconde en 1967 est de 77,8 % (part de ceux qui y accèdent) divisé par 22,2 % (part de ceux qui n’y accèdent pas), soit 3,5. Pour un enfant d’origine défavorisée, elle est de 23 % divisé par 77 % = 0,30. Le rapport de chances est de 3,5 divisé par 0,3 = 11,7.

Photo / © drivepix - Fotolia

Notes

[1Ces sections accueillent les collégiens présentant des difficultés scolaires « graves et durables ».

Date de rédaction le 18 novembre 2010

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