Chômage des immigrés : le poids des inégalités sociales et des discriminations

23 mars 2016 - Près d’un cinquième des immigrés sont au chômage, contre un dixième des Français nés en France.


17,2 % des immigrés [1] sont au chômage contre 9,9 % des Français nés en France, selon l’Insee (données 2014). Le taux atteint 20,7 % pour les actifs non ressortissants de l’Union européenne.

Cet écart est d’abord lié au diplôme : les immigrés sont en moyenne moins qualifiés que les personnes nées en France et dans notre pays, le titre scolaire compte plus qu’ailleurs pour trouver un emploi. En 2014, 40 % des immigrés de 15 à 64 ans disposent au maximum du brevet des collèges ou du certificat d’études primaires selon l’Insee, contre 26 % pour l’ensemble de la population de cet âge vivant en France.

Mais, comme le montre le ministère de l’Intérieur [2], à niveau de diplôme équivalent, le taux de chômage des immigrés demeure supérieur. 6,1 % des Français nés de parents français titulaires d’un bac sont au chômage, contre 18 % des immigrés non ressortissants de l’Union européenne, soit trois fois plus. Pour les titulaires d’une licence et plus, les chiffres sont respectivement de 4,7 % et 14,8 % (données 2011).

Comment expliquer ces écarts ? Si les diplômes obtenus sont de même niveau, ils ne sont pas identiques : les enfants d’immigrés sont souvent orientés dans des filières dites « moins nobles », conduisant moins facilement à l’emploi [3]. Disposer d’un master de lettres modernes n’est pas équivalent à un diplôme d’ingénieur. Mais bien d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les immigrés ne disposent pas tous des mêmes réseaux de relations dans le monde du travail que les Français nés en France : rien de tel pour obtenir un poste que de connaître des personnes qui sont dans le même type d’univers professionnel. Les immigrés qui n’ont pas la nationalité française ou qui ne sont pas originaires d’un pays de l’Union européenne sont exclus d’environ 5,3 millions d’emplois (instituteur, policier, mais aussi architecte ou buraliste), soit un poste de travail sur cinq. Enfin, les immigrés subissent des discriminations mais elles restent difficiles à quantifier même si les opérations dites de « testing » [4] prouvent leur existence. Leur impact global sur le taux de chômage est moindre, mais elles sont ressenties de façon particulièrement violente pour ceux qui les subissent.

Taux de chômage selon la nationalité et le sexe
Unité : %
Hommes
Femmes
Ensemble
Français nés en France9,48,99,1
Immigrés17,716,717,2
- Dont ressortissants de l'Union européennens*ns9,3
- Dont non ressortissants de l'Union européenne20,920,420,7
Ensemble10,29,69,9
Union Européenne à 27 pays. * Non significatif. France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus.
Source : Insee - Enquête emploi- Données 2014 - © Observatoire des inégalités
Taux de chômage selon le diplôme et l'origine
Unité : %
Licence et plus
Bac, BTS, DUT
Brevet, CAP, BEP
Sans diplôme
Français de parents nés français4,76,18,914,1
Immigrés de l'Union européenne7,48,07,08,9
Immigrés hors Union européenne14,818,024,423,8
Source : ministère de l'Immigration - Données 2011 - © Observatoire des inégalités

Photo / © Alexey Klementiev - Fotolia

Notes

[1Un immigré est une personne vivant en France, née étrangère hors de France, mais qui peut être de nationalité française. Un étranger est une personne qui n’a pas la nationalité française (elle peut être née en France).

[2« L’insertion professionnelle des immigrés et de leurs descendants en 2011 », Infos migration n°48, janvier 2013.

[4Testing : opération qui consiste à envoyer, là dans le domaine du travail, des CV où seule l’origine des candidats change et où l’on mesure la part de ceux qui obtiennent un entretien.

Date de rédaction le 27 novembre 2011

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