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De fortes inégalités territoriales dans l’accueil des jeunes enfants
le 29 février 2008
Moins de la moitié des jeunes enfants sont gardés hors du domicile de leurs parents. Les écarts entre les territoires sont considérables. Par Marie-Paule Mémy.

Les disparités en matière de modes de garde des enfants de moins de trois ans sont considérables selon les territoires, d’après une enquête du ministère de la santé et des solidarités [1]. Tous modes confondus, crèches ou assistantes maternelles, on passe ainsi de 20 places pour 100 enfants en Corse, Seine-Saint-Denis ou Pyrénées Orientales, à environ 70 places pour 100 enfants dans le Doubs, la Côte d’Or ou la Sarthe (voir les données détaillées). L’offre est 3,5 fois plus importante dans les départements les mieux pourvus que dans ceux qui le sont le moins. Cette situation a un impact direct pour la conciliation vie familiale et vie professionnelle des mères en particulier qui demeurent en première ligne pour les questions de garde. L’activité des femmes, l’organisation de la vie familiale, l’équilibre des relations au sein du couple ne sont pas les mêmes là où l’on a une chance assez forte de trouver un accueil pour les jeunes enfants et là où l’offre est très faible.

Si l’on ne prend en compte que les crèches, la moyenne pour la France métropolitaine est de 11 places pour 100 enfants dans les crèches traditionnelles et de 14 places pour 100 enfants si l’on inclut les crèches familiales (réseaux d’assistantes maternelles employées par une collectivité locale). Permettant d’approcher l’offre inégale faite aux parents de jeunes enfants, le taux d’équipement (nombre de places en crèches pour 100 enfants de moins de trois ans) varie, selon les départements, de 2 % à 32 % en crèche ou halte garderie et de 0 à 10 % en crèches familiales. Cette dispersion est notamment liée à la situation d’une dizaine de départements, souvent situés en Ile-de-France : les taux d’équipement à Paris, dans les Hauts-de-Seine et le Val de Marne, y sont supérieurs à 20 %, et nettement plus élevés qu’ailleurs. Les situations moins défavorables en terme d’équipements collectifs sont donc plutôt observées là où le tissu urbain est dense, en Ile-de-France ; mais aussi au Sud de la France, dans les Alpes Maritimes, en Haute-Garonne, dans l’Hérault et la région bordelaise par exemple.

L’Aisne (avec un taux de 3 %), la Creuse (5 %) ou la Meuse (5 %) figurent parmi les départements les plus faiblement pourvus en crèches. Dans 40 départements, le taux d’équipement est inférieur à 10%. Dans ces départements, le recours aux assistantes maternelles directement employées par les parents est beaucoup plus fréquent : de l’ordre de 40 places et plus pour 100 enfants de moins de 3 ans, contre 31 en moyenne nationale.

Il manque 400 000 places
La France dispose d’environ 1 000 0000 de places d’accueil pour les 0-3 ans avant qu’ils n’aillent à l’école [1]. Mis bout à bout, les trois modes de garde (crèche ou halte-garderie ; crèches familiales ; « nounous » employées directement par les parents), permettent d’accueillir 45 % des enfants, les deux tiers par des assistantes maternelles directement employées par les parents, et un tiers en crèches. Il reste 55 enfants qui sont gardés par un de leur parent (leur mère essentiellement), de la famille, ou des tiers. Les modes de garde informels sont, par nature, difficiles à approcher.
La Caisse nationale d’allocations familiales évalue à 400 000 le nombre de places qu’il faudrait ajouter à ce million pour répondre aux besoins des familles. Ce qui reviendrait à investir environ 8 milliards d’euros de plus que les 19 milliards dépensés en 2007. C’est-à-dire la moitié des diminutions d’impôt engagées à l’été 2007.
Plusieurs éléments permettent de cerner les écarts dans les territoires, et le manque de places. « Les politiques publiques fortes dans le domaine de la petite enfance sont récentes, elles démarrent au début des années 80 » souligne Sylvie le Chevillier à la Caisse nationale d’allocations familiales [2]. « Les crèches relèvent principalement de la compétence des communes, et il n’y a pas d’obligation. Les maires, souvent des hommes, n’en ont pas forcément fait une priorité. Les choses sont en train de changer sous la pression des habitants, les élus se disent que les équipements d’accueil pour les jeunes enfants sont un moyen d’attirer et de retenir les familles et d’encourager le maintien de l’emploi ». Les communes, et notamment les plus petites, se trouvent confrontées aux limites de leurs capacités financières. L’intercommunalité peut permettre de faire sauter ce verrou financier. En milieu rural, la plupart des contrats petite enfance - par lesquels les CAF apportent des aides - sont désormais signés avec des communautés de communes.


[1] L’accueil collectif et en crèches familiales des enfants de moins de 6 ans en 2006. DREES. Guillaume Bailleau. Etudes et résultats. N° 608- Novembre 2007.




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