Déciles, quartiles et compagnie : tout le monde en parle, sans toujours bien comprendre de quoi il s’agit. Mise au point de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Pour mesurer les inégalités, on découpe la population en tranches. Au passage, le mot « population » doit se comprendre au sens des statisticiens pour qui un groupe de pommes constitue une « population ». Dans notre cas, notre « population », est constituée soit de ménages, soit d’individus.
Quand on découpe notre population en tranches égales de 10 %, on obtient ce que l’on appelle des « déciles ». Si on la découpe en fonction du niveau de salaire, notre décile est le niveau de salaire qui sépare chaque tranche, de 10 % en 10 %.
Ensuite, on classe les déciles par ordre croissant. Le premier décile, c’est donc le niveau de salaire pour lequel 10 % de la population touche moins. Alors, logiquement, 90 % touche plus. Le deuxième, c’est le niveau de salaire pour lequel 20 % touchent moins (et donc 80 % touchent plus). Pour aller plus vite, les statisticiens écrivent parfois D1, pour le premier décile, D2 pour le second, et ainsi de suite.
On n’est pas obligé de découper des tranches de 10 %. Une tranche de 1 %, c’est un centile. Une tranche de 20 %, c’est un quintile (20 % = un cinquième). Une tranche de 25 %, c’est un quartile (25 % = un quart), etc. Un autre découpage connu est la médiane : on divise simplement la population en deux, la moitié au-dessus, la moitié au-dessous. Tous ces découpages sont regroupés sous le nom savant de « fractiles », qui signifie seulement « n’importe quel type de tranche ».
Notre découpage nous intéresse pour mesurer les inégalités, car il permet de rapporter le niveau d’une tranche sur une autre. Le plus souvent, on rapporte D9 à D1, et on appelle ça le « rapport interdécile ». Qu’est-ce que c’est ?
D9 = neuvième décile. Et donc (pour des revenus) 90 % gagnent moins, 10 % gagnent plus. C’est le niveau de revenu qui sépare les 90 % du bas aux 10 % du haut. D1, c’est le premier décile. Et donc, 10 % gagnent moins, 90 % gagnent plus. Notre D9/D1 rapporte le niveau de revenu minimum des 10 % les plus riches au revenu maximum des 10 % les plus pauvres.
Ce rapport interdécile est l’indicateur le plus utilisé. Il a un grand mérite, celui de la - relative - simplicité. Mais ce n’est pas la panacée. On prend deux niveaux de revenu à deux points précis de la distribution. Du coup, on ne dit rien de ce qui se passe à côté. Ainsi, les valeurs de D9 et de D1 peuvent très bien rester inchangées si seuls les revenus du 1 % les plus riches progressent. On dira que les inégalités n’ont pas évolué, alors qu’en pratique les plus riches se sont enrichis.
Prenons un exemple fictif. Une année donnée, le revenu maximum des 10 % les plus pauvres (D1) = 1000 euros. Le revenu maximum des 90 % les moins bien rémunérés (D9) = 10 000 euros, celui des 1 % les plus riches = 25 000 euros. Le rapport interdécile, D9/D1 = 10. Si l’année suivante, seul le revenu des 1 % les plus riches augmente et passe de 25 à 50 000 euros, D1/D9 n’aura pas bougé. Mais les inégalités auront tout de même augmenté.
Même chose en sens inverse si, par exemple, seuls les revenus des 5 % les plus pauvres se sont accrus. Pour éviter ce problème, les statisticiens utilisent d’autres indicateurs, des coefficients qui mesurent l’écart entre ce qui est observé et une distribution égale. Mais c’est une autre histoire...
Et maintenant pour mieux comprendre, rendez-vous dans notre rubrique Revenus...
Nous ne pouvons pas répondre aux demandes individuelles de données ou d’analyses. Pour toute recherche de ce type, nous vous conseillons de vous adresser directement aux institutions productrices de données.
Toute autre demande doit nous parvenir :
Droits de reproduction
Favorable à la diffusion des données, l’Observatoire des inégalités autorise la reproduction des textes et données dont il est l’auteur à trois conditions : un accès libre et gratuit, une autorisation écrite, et la mention « article repris du site de l’Observatoire des inégalités », avec un lien renvoyant vers l’article. Toute reprise d’articles à usage de publications payantes (livres, magazines, manuels scolaires, etc.) fait l’objet de droits de reproduction.
Les textes que l’Observatoire a lui-même extraits d’autres publications appartiennent à celles-ci. Leur reprise est strictement interdite sans leur accord.
Espace Jeunes - Inégalités et discriminations
http://www.jeunes.inegalites/
Un espace dédié aux jeunes sur les inégalités sociales et les discriminations créé par l’Observatoire des inégalités avec le soutien de l’Union européenne.
Objectifs : Informer sans enfermer le jeune public à la problématique des inégalités, susciter l’engagement citoyen, par le biais de fiches thématiques, de vidéos, d’une nouvelle.
Observatoire européen des inégalités
http://inequalitywatch.eu/
Premier réseau européen indépendant d’information sur les inégalités créé par l’Observatoire des inégalités en partenariat avec des associations et des centres de recherche européens.
Objectif : Proposer à l’ensemble des citoyens européens les publications les plus pertinentes sur le thème des inégalités en Europe. Connaître et comprendre l’évolution des inégalités, les mécanismes qui sont à l’origine de leur augmentation ou de leur réduction, et leurs conséquences au sein de chaque pays européen et entre eux.
Inégalités et discriminations
http://www.discriminations.inegalites.fr/
Une plate forme d’études sur les discriminations créée par l’Observatoire des inégalités avec le soutien de l’Union européenne.
Objectifs : Recense les études récentes et rigoureuses sur la mesure des discriminations, Sans réduire leur importance, l’objectif est aussi de rappeler que l’intérêt qui est porté aux discriminations ne doit pas occulter le mécanisme des inégalités sociales.
Observatoire des inégalités territoriales
http://www.inegalitesterritoriales.fr/
Où en sont les inégalités dans votre commune, votre département ou votre région ? Un outil comparatif créé par l’Observatoire des inégalités et la société Compas-Tis, spécialisée dans l’analyse des données locales.
Objectif : Emplois, revenus, niveau d’éducation… Les moyennes nationales cachent souvent des écarts considérables entre les territoires. Cet outil permet d’accéder à un ensemble d’indicateurs sur l’ensemble des communes, des départements et des régions de France.
L’Observatoire des inégalités est un organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités. Il est situé à Tours et dispose d’une antenne en région parisienne. Outre l’équipe permanente, il s’appuie sur un réseau de citoyens sensibilisés par la question des inégalités. L’Observatoire des inégalités dispose par ailleurs d’un conseil scientifique composé d’économistes, de philosophes, de sociologues et de juristes. Voir l’équipe
L’Observatoire des inégalités cherche à établir un état des lieux des inégalités le plus complet possible et à publier les analyses les plus pertinentes du phénomène. Son action n’aurait de sens s’il ne s’adressait pas au public le plus large possible, en franchissant les barrières sociales, culturelles et politiques notamment.
Indépendant de tout parti politique, syndicat ou entreprise, l’Observatoire cherche à engager le débat le plus ouvert possible entre différentes sensibilités. Il a aussi vocation à réunir des approches scientifiques de disciplines distinctes. Lire en détail
L’indépendance de l’Observatoire des inégalités est garantie par le soutien essentiel de donateurs privés. Nos partenaires sont aussi des organismes publics et privés qui partagent nos valeurs. Voir nos partenaires
L’Observatoire des inégalités met à votre disposition des documents d’information sur ses objectifs, ses activités, à diffuser sans modération. Voir les documents