Nos principes

4 octobre 2000 -


A l’origine

La fondation de l’Observatoire des inégalités est liée à la conjonction de deux phénomènes.

1- Nous estimons que la montée des inégalités, notamment sous la pression du chômage et de la dégradation du marché du travail, constitue une menace sérieuse pour la démocratie. Ce phénomène ne pose donc pas uniquement un problème de justice sociale, c’est aussi un problème politique. Non seulement les inégalités offrent un terreau à la montée de l’extrême-droite en Europe, mais elles favorisent aussi tant le scepticisme civique que le cynisme social. L’urgence à agir nous paraît évidente.

2- L’Observatoire n’aurait pas lieu d’être si la collecte et la diffusion des données par les services publics étaient à la hauteur. Ce n’est malheureusement pas le cas. L’appareil statistique français est d’une grande pauvreté dans la connaissance et la mise à disposition d’éléments factuels sur les inégalités. Notre action vise, en révélant les lacunes actuelles, à faire en sorte que les institutions améliorent leurs pratiques dans ce domaine.

Notre objectif

L’Observatoire des inégalités n’est pas un mouvement politique. Son rôle n’est pas d’appuyer tel ou tel parti ou association, mais de contribuer à éclairer ou à critiquer les choix publics. Pour cela, nous avons la conviction qu’il faut, de façon toujours renouvelée, s’attacher à dresser un état des lieux qui soit le plus complet possible, tout en demeurant accessible à un large public.

Cette position d’observation n’interdit pas - bien au contraire - de se prononcer sur les politiques publiques, de formuler des pistes pour avancer vers l’égalité, ou de signaler telle ou telle action remarquable. En revanche, l’observatoire refuse une position militante de défense d’un seul et unique programme : son objectif est d’alimenter un débat ouvert, dans la limite des valeurs partagées par ses membres. Il tâchera de donner la parole à tous ceux qui lui semblent ouvrir des voies vers l’égalité. Aucun syndicat ou parti ne pourra se prévaloir de son soutien direct.

Ce travail nous est apparu nécessaire parce que les institutions ne s’y attèlent pas avec suffisamment de vigueur et parce que ceux qui bénéficient de l’accroissement des inégalités n’ont, en règle générale, aucune raison de vouloir rendre visible le phénomène. Le libéralisme économique ne va pas toujours de pair avec celui de l’information... Ce travail est également nécessaire parce que les logiques productrices d’inégalités se transforment constamment et que l’on ne prête pas suffisamment attention à la façon dont les inégalités économiques, culturelles et symboliques se conjuguent et le plus souvent se cumulent.

L’école, par exemple, pourtant fer de lance de l’égalité des chances, devient - parce que le titre scolaire est acquis sur la base d’une apparente égalité devant l’évaluation scolaire - un formidable alibi pour l’injustice sociale. Dans la pratique, l’allongement des scolarités cache en effet le maintien de mécanismes de reproduction sociale très puissants. De même, l’enrichissement des ménages - dont témoigne l’équipement des foyers par exemple - cache des inégalités de plus en plus qualitatives, inscrites dans des pratiques sociales qu’il est malaisé de décrire et de mettre à jour. De quelles idées, de quelles données avons-nous besoin pour préciser et actualiser toujours notre réflexion sur les inégalités qui menacent les sociétés démocratiques ? Les activités de l’Observatoire des inégalités sont une tentative de réponse à cette question politique essentielle.

Pas question pour autant de penser que l’égalité des chances soit le seul principe qu’il faille défendre. Nous devons voir au-delà. Décrire les conditions de l’égalité ne suffit pas à définir les conditions de fonctionnement d’une société, et peut même conduire à un contresens important. Une société égalitaire fondée sur la seule compétition, même la plus équilibrée possible, n’est pas nécessairement une société où l’on vit bien. La coopération, le partage, le désintéressement, la solidarité contribuent au fonctionnement harmonieux d’une société (notamment par la qualité du lien social) au-delà de son caractère égalitaire. L’égalisation des conditions peut tout à fait être conçue comme un correctif insuffisant. L’exacerbation de l’idée de compétition, de concurrence, du « chacun pour soi » est aussi un des éléments qui nuisent au bien-être des individus.

L’Observatoire des inégalités

Date de rédaction le 4 octobre 2000

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