Globalement, les taux d’accès au bac augmentent, mais les enfants d’enseignants ont 14 fois plus de chances relatives d’avoir le bac que ceux d’ouvriers non-qualifiés.
90 % des enfants d’enseignants observés en sixième en 1995 ont obtenu le bac environ sept années plus tard, contre 40,7 % des enfants d’ouvriers non-qualifiés et 27,6 % des enfants d’inactifs, selon le ministère de l’Education nationale (lire l’étude). Les écarts sont considérables selon les milieux sociaux, notamment du fait de l’influence du niveau de diplôme des parents, dans un système scolaire très académique.
Le type de filière empruntée diffère fortement selon les milieux. Parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac, 34 % l’ont eu dans une filière générale, 31 % dans une filière technologique et 34 % dans une filière professionnelle. Chez les enfants de cadres supérieurs, les trois quarts ont eu un bac général, 16 % technologique et 8 % professionnel. Au total, 40 % des enfants d’enseignants ont obtenu un bac dans la série scientifique, contre 4,6 % pour les enfants d’ouvriers non-qualifiés.
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Si l’on se place sur la longue durée, de plus en plus de jeunes issus des couches les moins favorisées obtiennent le bac : c’est le cas de près de la moitié des jeunes issus de famille ouvrière nés au tout début des années 1980, contre 10 % de ceux nés dans les années 1950. Au total, près des deux tiers des générations nées entre 1979 et 1982 ont obtenu le bac, contre un peu plus de 20 % de celles nées vingt années plus tôt.
Obtention du bac selon la catégorie sociale et la génération
Source : ministère de l’Education nationale, l’état de l’école (édition 2010)

Ces chiffres doivent être nuancés. Les bac généraux, technologiques et professionnels, qui n’ont pas la même valeur sur le marché des diplômes, ne permettent pas d’accéder aux mêmes formations de l’enseignement supérieur. Les données ci-dessus portent sur le long terme. L’élévation de la part de bacheliers dans les catégories les moins favorisées résulte pour une partie de l’essor du bac professionnel à partir de la fin des années 1980. Dans les années récentes, le taux d’accès au bac a stagné. La part de bacheliers a même baissé chez les enfants d’ouvriers non-qualifiés et d’inactifs dans les années récentes.
Pour mesurer l’évolution des inégalités, nous avons calculé la variation du « rapport de chances » (voir encadré) : cet indicateur mesure le rapport entre la probabilité pour un enfant d’enseignants d’être bachelier plutôt que de ne pas l’avoir à celle des autres catégories sociales. Entre 1996 et 2002, ce rapport s’est accru vis-à-vis de toutes les catégories sociales. En 1996 - génération d’enfants entrés en sixième en 1989 - les enfants d’enseignants avaient 8,9 fois plus de chances relatives d’être bacheliers que les enfants d’ouvriers non-qualifiés. En 2002, c’est 14 fois plus. Vis-à-vis des enfants d’inactifs, le rapport est passé de 15 à 25 fois !
Le mouvement est donc double. D’un côté, la proportion de bacheliers tend plutôt à augmenter dans tous les milieux sur une très longue période. Mais dans les années récentes les inégalités dans la probabilité d’accès au bac se sont accrues entre catégories sociales.
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| Le rapport de chances (« odds ratio » en anglais) calculé dans notre tableau mesure le rapport entre d’un côté la probabilité d’avoir le bac des enfants d’enseignants comparée à celle de ne pas l’avoir, et de l’autre le même rapport pour les autres catégories sociales. On compare entre elles deux probabilités. Prenons un exemple. Si l’on veut calculer le rapport de chances entre les enfants d’enseignants et d’ouvriers non-qualifiés, on procède de la façon suivante : Les enfants d’enseignants sont 90 % à être bacheliers. La probabilité qu’un enfant de cette catégorie soit bachelier est donc de 90 % (avoir son bac) divisé par 10 % (ne pas l’avoir) = 9. Dit autrement, les enfants d’enseignants ont neuf fois plus de chances d’avoir leur bac que de ne pas l’avoir. Les enfants d’ouvriers non-qualifiés sont 40 % à obtenir leur bac. La probabilité qu’un enfant de cette catégorie soit bachelier rapportée à celle qu’il ne soit pas bachelier est donc de 40 % (avoir son bac) / 60 % (ne pas l’avoir), soit 0,66. La probabilité inverse (ne pas avoir son bac rapportée à avoir son bac) est de 60/40 = 1,5. Dit autrement, les enfants d’ouvriers non-qualifiés ont 1,5 fois « plus » de chances (si on peut dire...) de ne pas avoir leur bac que de l’avoir. Le rapport de chances est la division entre les probabilités des deux catégories d’avoir leur bac contre celle de ne pas l’avoir, soit 9 pour les cadres et 0,66 pour les ouvriers non-qualifiés : 9/0,666 = 13,63 (14 dans le tableau du fait des arrondis). |
Photo : DR
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