A quand la parité sociale à l’Assemblée ? Employés et ouvriers représentent la moitié de la population active, mais seulement 3 % des députés.
Si la parité entre les sexes à l’Assemblée occupe le débat public, sa composition sociale intéresse peu les commentateurs. Alors que les employés et les ouvriers représentent la moitié de la population active, seul 3 % des députés proviennent de leurs rangs, selon les données du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) [1]. A l’inverse, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 82 % de l’ensemble.
Comment expliquer cet écart ? Les partis politiques ne sont plus des partis de masse rassemblant une part importante d’adhérents issus de catégories populaires, mais des groupes constitués pour l’essentiel de diplômés. Ensuite, pour passer du statut de militant à candidat, il faut appartenir aux réseaux du pouvoir et tisser des liens qui dépassent la sphère politique (amis, relations de travail, etc.). Il est nécessaire de savoir et d’oser s’exprimer en public, de maîtriser les « bons » codes du langage. Toutes ces compétences vont de pair avec un bon niveau de diplôme. Il faut par ailleurs pouvoir consacrer de longues heures à la politique au-delà de son temps de travail : s’investir dans les réunions où les enjeux de pouvoir se décident. Enfin, les salariés du privé sont très défavorisés. En cas d’échec après un premier mandat, rien ne garantit leur avenir. Les fonctionnaires peuvent se mettre en disponibilité et les indépendants peuvent faire gérer leurs affaires par un tiers (par exemple les médecins ou les avocats) : ils sont donc largement privilégiés et composent la majorité des élus à l’Assemblée.
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Les catégories populaires (ouvriers et employés) représentaient 18,8 % des députés lors de la première législature (1946-1951) de la IVe République, qui comptait 150 députés communistes sur 522. Ce sera la représentation la plus forte depuis la création de l’Assemblée nationale. Mais en 1958, cette part était déjà revenue à 4 %. La poussée de la gauche aux élections de 1967 (Ve république) conduit à une remontée à 9 % de l’ensemble ouvriers et employés. Une législature qui dure peu : l’Assemblée est dissoute en mai 1968. Par la suite, la représentation des catégories populaires ne va cesser de se réduire, alors que cet ensemble constitue toujours environ la moitié de la population active. Aux législatives de 2012, les onze députés ouvriers et employés représentent à peine 2 % de l’ensemble.
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Voir aussi L’origine sociale des élus locaux
[1] Les députés de 2012 : quelle diversité ? - Les Notes de recherche - Cevipof, juillet 2012.
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