42,1 % des enfants d’immigrés deviennent ouvriers contre 30 % des personnes sans ascendance directe immigrée. Mais cet écart s’explique davantage par les positions sociales défavorisées de leurs parents que par leur origine géographique.
En moyenne, les enfants d’immigrés occupent plus souvent des positions sociales défavorisées : 42,1 % deviennent ouvriers, contre 29,7 % de la population dite « majoritaire » [1], 13,8 % deviennent cadres, contre 19,9 % de la population majoritaire. Il existe également de fortes disparités à l’intérieur même des descendants d’immigrés : par exemple, 7,9 % de ceux dont le père est originaire du Maghreb sont cadres contre 15 % des descendants d’immigrés nés en Europe du Sud, et 17 % pour le reste de l’Europe.
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Mais ces données sont trompeuses.
Cette situation n’est pas liée seulement au fait qu’ils soient immigrés, mais que leurs parents occupent une position sociale moins favorable : deux descendants d’immigrés sur trois avaient un père ouvrier lorsqu’ils avaient 15 ans, contre 39,1 % des personnes de la population majoritaire. L’origine ouvrière est particulièrement forte chez les enfants d’immigrés d’Europe du Sud (70,1 %) et du Maghreb (70,2 %). Par contraste, les pères immigrés sont trois fois moins nombreux à exercer des fonctions de cadres (4 %) que ceux de la population majoritaire (10 %).
Ces chiffres nous montrent aussi que les descendants d’immigrés ouvriers, s’ils sont plus nombreux à être ouvriers que le reste de la population, le sont tout de même moins que leurs pères. Ils sont 42 % à être dans ce cas, contre 66 % pour la génération précédente. Et ils sont plus de trois fois plus nombreux à occuper un emploi de cadre (14 %) que leurs pères (4 %).
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Alors quel est le réel impact de l’origine sociale ou de l’origine immigrée ?
Pour répondre à cette question, il faut raisonner à situation équivalente. Si l’on compare les descendants d’immigrés aux autres descendants de même origine sociale, on remarque que leurs destinées professionnelles sont assez proches : les fils d’immigrés dont le père est ouvrier deviennent ouvriers eux-mêmes dans 48,7 % des cas, contre 45,1 % pour la population majoritaire. Ils sont 9 % à devenir cadres, contre 13 % pour les autres descendants.
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« Toutes choses égales par ailleurs », l’écart devient nul.
La comparaison précédente n’est pas tout à fait complète. Pour évaluer les situations des personnes de manière strictement comparable, il faut tenir compte de leur origine géographique, mais aussi de leur âge, de leur niveau de diplôme, etc. C’est ce que l’on appelle « toutes choses égales par ailleurs », ce qui veut dire que toutes les autres caractéristiques sont identiques. Pour raisonner de cette façon, il faut construire ce que les statisticiens appellent des « modèles ».
Et là, les résultats sont opposés : l’impact du fait d’être descendant d’immigrés est « non significatif », ce qui en langage statistique veut dire « trop faible pour avoir du sens ». Les chiffres qui ressortent de la simulation du ministère du travail tendraient même à faire apparaître un impact plutôt positif, comme c’est le cas ici pour les descendants d’immigrés hors Europe du Sud.
Pour devenir cadre, être immigré ne semble donc pas être un lourd obstacle. En revanche, être fils de cadre est un avantage considérable : un enfant de cadre a une probabilité 2,9 fois supérieure d’être cadre que de ne pas l’être [2].
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Dans la réalité, on ne raisonne pas « toutes choses égales par ailleurs ».
Les descendants d’immigrés réussissent moins bien que les autres, occupent des emplois moins valorisés, en moyenne [3]. Sauf que cette situation n’est pas due au fait qu’ils soient immigrés, mais bien qu’ils soient issus de milieux modestes.
Cette étude du ministère du travail complète un autre travail du ministère de l’éducation [4], qui montrait qu’à niveau social équivalent, les descendants d’immigrés réussissaient aussi bien, voire mieux, que les autres enfants. Le poids des inégalités sociales dans les trajectoires socioprofessionnelles des personnes d’origine immigrée apparaît clairement. Tous les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur la lutte contre les discriminations et la promotion de la « diversité ». Ce qui est essentiel pour rappeler l’égalité de citoyens. Mais dans le domaine de l’école et de l’emploi, ils n’ont qu’une portée très mineure comparé à la question des inégalités sociales.
Pour en savoir plus : « Métiers des pères et des descendants d’immigrés », Dares Analyses n°58, septembre 2012
Cet article est une version développée de « Mobilité sociale, les enfants d’immigrés font aussi bien que les autres », publié sur par le Centre d’observation de la société.
Photo / © Jasmin Merdan - Fotolia.com
[1] Population sans ascendance directe immigrée ou ultramarine. Seuls les hommes sont pris en compte.
[2] Il s’agit ici d’un « rapport de chance », la probabilité pour un enfant de cadre de devenir cadre à son tour, divisée par celle de ne pas l’être, rapportée à la probabilité identique d’un enfant d’ouvrier non-qualifié et d’employé. Sur les rapports de chance, lire l’article de Pierre Mercklé
[3] Le fait qu’un enfant d’immigré devienne président de la République ou footballeur renommé n’est que l’arbre qui cache la forêt des inégalités
[4] Voir notre article Pourquoi les enfants d’immigrés réussissent mieux à l’école
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