Privilégier des systèmes sociaux universalistes permettrait de renouer avec une certaine idée de la solidarité, moins stigmatisante. Extrait du livre du sociologue Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité (Seuil/La république des idées, février 2012).
La dénonciation de l’« assistanat » s’est répandue depuis quelques années. Outre le fait que ce discours stigmatise sans vergogne ceux qui sont déjà les plus fragiles et les plus démunis, il masque une profonde ignorance des mutations que l’État social a connues depuis une trentaine d’années. Il ignore la nature des véritables questions que le développement de l’assistance soulève aujourd’hui.
La pauvreté s’est tragiquement banalisée. En tout, les minima sociaux couvrent directement 3,5 millions de personnes, et plus de 6 millions si l’on compte les ayants droit. La pauvreté touche 13,5 % de la population, soit plus de 8 millions de personnes. Et rien n’indique que la situation s’améliore ; ce serait plutôt le contraire. Le revenu minimum d’insertion (RMI) hier, le revenu de solidarité active (RSA) aujourd’hui occupent, avec d’autres dispositifs, une fonction vitale : ils protègent les plus vulnérables. En ce sens, ils constituent un des piliers de la société démocratique, laquelle refuse de voir naître, en ses marges, une classe de sous-citoyens privés de tout. Ce n’est pas un hasard si les révolutionnaires, dès 1790, se sont efforcés de créer une « assistance publique » qui viendrait en aide aux malades, aux personnes âgées, aux mères seules, aux enfants abandonnés.
Pourtant, force est de constater que l’assistance, entendue comme une politique ciblée sur les « exclus », ne se porte pas bien. À bien des égards, son développement continu, depuis deux décennies, résulte de la décomposition des protections collectives. Il traduit le passage d’un système de protections universaliste, érigé après guerre, à des politiques centrées sur la pauvreté et l’exclusion. De ce fait, la France évolue vers une protection sociale à deux vitesses, écartelée entre les protections d’un salariat bien intégré et le monde des « pauvres », auxquels sont réservés les minima sociaux.
En outre, le développement de l’assistance a produit un certain nombre d’effets pervers. Incapables de combattre efficacement la précarité, les prestations comme le RMI et le RSA s’en accommodent, voire la structurent. Elles entretiennent la perte d’autonomie des individus et l’éloignement du marché du travail contre lesquels elles devaient précisément lutter. En retour, elles suscitent une forte réprobation : de nombreuses personnes ne peuvent (ni ne veulent, quand elles le peuvent) profiter de leurs droits. Et ces mêmes droits ont tendance à être perçus comme des « privilèges » par ceux qui n’en bénéficient pas. En fin de compte, faute de s’attaquer aux racines d’une précarité grandissante, la nouvelle politique sociale crée plus de difficultés qu’elle n’apporte de solutions.
Malgré les dénégations et les critiques qui l’accompagnent, le développement de l’assistance, jamais démenti depuis vingt ans, est un choix de société non explicité et non assumé. Sous couvert de solidarité, il exprime un double mouvement de responsabilisation de l’individu, d’un côté, et de justification des inégalités, de l’autre. Comment enrayer l’engrenage de la stigmatisation des assistés et du recours croissant à l’assistance dans lequel notre pays s’est engagé ? Pour éviter que ce cercle vicieux n’aboutisse à un démantèlement progressif des droits responsabilité de la collectivité et celle de l’individu. Comment faire en sorte que la lutte contre le chômage et l’exclusion ne se retourne pas contre ceux qu’elle devait aider ? Comment refonder un contrat social qui réconcilie l’autonomie des individus avec la solidarité nationale ?
Retrouvez l’intégralité de l’introduction de l’ouvrage de Nicolas Duvoux, Le Nouvel Age de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques, Coédition Seuil-La République des idées, 2012, en cliquant sur le lien ci-dessous.Le Nouvel Age de la solidarité |
Nous ne pouvons pas répondre aux demandes individuelles de données ou d’analyses. Pour toute recherche de ce type, nous vous conseillons de vous adresser directement aux institutions productrices de données.
Toute autre demande doit nous parvenir :
Droits de reproduction
Favorable à la diffusion des données, l’Observatoire des inégalités autorise la reproduction des textes et données dont il est l’auteur à trois conditions : un accès libre et gratuit, une autorisation écrite, et la mention « article repris du site de l’Observatoire des inégalités », avec un lien renvoyant vers l’article. Toute reprise d’articles à usage de publications payantes (livres, magazines, manuels scolaires, etc.) fait l’objet de droits de reproduction.
Les textes que l’Observatoire a lui-même extraits d’autres publications appartiennent à celles-ci. Leur reprise est strictement interdite sans leur accord.
Espace Jeunes - Inégalités et discriminations
http://www.jeunes.inegalites/
Un espace dédié aux jeunes sur les inégalités sociales et les discriminations créé par l’Observatoire des inégalités avec le soutien de l’Union européenne.
Objectifs : Informer sans enfermer le jeune public à la problématique des inégalités, susciter l’engagement citoyen, par le biais de fiches thématiques, de vidéos, d’une nouvelle.
Observatoire européen des inégalités
http://inequalitywatch.eu/
Premier réseau européen indépendant d’information sur les inégalités créé par l’Observatoire des inégalités en partenariat avec des associations et des centres de recherche européens.
Objectif : Proposer à l’ensemble des citoyens européens les publications les plus pertinentes sur le thème des inégalités en Europe. Connaître et comprendre l’évolution des inégalités, les mécanismes qui sont à l’origine de leur augmentation ou de leur réduction, et leurs conséquences au sein de chaque pays européen et entre eux.
Inégalités et discriminations
http://www.discriminations.inegalites.fr/
Une plate forme d’études sur les discriminations créée par l’Observatoire des inégalités avec le soutien de l’Union européenne.
Objectifs : Recense les études récentes et rigoureuses sur la mesure des discriminations, Sans réduire leur importance, l’objectif est aussi de rappeler que l’intérêt qui est porté aux discriminations ne doit pas occulter le mécanisme des inégalités sociales.
Observatoire des inégalités territoriales
http://www.inegalitesterritoriales.fr/
Où en sont les inégalités dans votre commune, votre département ou votre région ? Un outil comparatif créé par l’Observatoire des inégalités et la société Compas-Tis, spécialisée dans l’analyse des données locales.
Objectif : Emplois, revenus, niveau d’éducation… Les moyennes nationales cachent souvent des écarts considérables entre les territoires. Cet outil permet d’accéder à un ensemble d’indicateurs sur l’ensemble des communes, des départements et des régions de France.
L’Observatoire des inégalités est un organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités. Il est situé à Tours et dispose d’une antenne en région parisienne. Outre l’équipe permanente, il s’appuie sur un réseau de citoyens sensibilisés par la question des inégalités. L’Observatoire des inégalités dispose par ailleurs d’un conseil scientifique composé d’économistes, de philosophes, de sociologues et de juristes. Voir l’équipe
L’Observatoire des inégalités cherche à établir un état des lieux des inégalités le plus complet possible et à publier les analyses les plus pertinentes du phénomène. Son action n’aurait de sens s’il ne s’adressait pas au public le plus large possible, en franchissant les barrières sociales, culturelles et politiques notamment.
Indépendant de tout parti politique, syndicat ou entreprise, l’Observatoire cherche à engager le débat le plus ouvert possible entre différentes sensibilités. Il a aussi vocation à réunir des approches scientifiques de disciplines distinctes. Lire en détail
L’indépendance de l’Observatoire des inégalités est garantie par le soutien essentiel de donateurs privés. Nos partenaires sont aussi des organismes publics et privés qui partagent nos valeurs. Voir nos partenaires
L’Observatoire des inégalités met à votre disposition des documents d’information sur ses objectifs, ses activités, à diffuser sans modération. Voir les documents