L’élection présidentielle est l’occasion d’établir une feuille de route pour l’avenir. Les inégalités figurent en tête des priorités des Français. Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités, présente les dix principaux dossiers qui sont sur la table du nouveau chef de l’État.
1. Une autre école pour limiter la reproduction sociale
L’ascenseur social fonctionne moins bien dans un contexte de croissance lente depuis quatre décennies, alors que le niveau d’études de la population n’a cessé d’augmenter. Les plus favorisés ont investi les filières éducatives toujours plus sélectives qui avantagent les familles disposant d’un bon capital culturel et d’une connaissance approfondie des rouages complexes de l’orientation scolaire en France. Les enfants d’ouvriers représentent 21 % des bacheliers et 6 % des élèves d’école d’ingénieurs. L’école de la République française se distingue au sein des pays développés pour faire réussir les plus favorisés socialement. Le recours trop fréquent au redoublement touche les trois quarts des enfants d’ouvriers qui atteindront majoritairement un niveau inférieur au baccalauréat à l’issue de leurs études. C’est ainsi que cette machine à trier qu’est l’école produit chaque année 140 000 jeunes sans diplôme et surtout 40 000 sans aucune qualification.
2. Le même système de santé pour tous
Malgré un système de soins dense et une couverture maladie universelle (CMU), l’accès à la santé relève parfois du chemin de croix. Les bénéficiaires de la CMU se heurtent régulièrement à des refus de soins dans le secteur libéral (plus d’un quart des praticiens à Paris). La situation sanitaire de centaines de milliers de sans-domicile fixe (SDF) et de sans-papiers ne va s’améliorer du fait de la restriction de la prise en charge par l’Etat de l’aide médicale. La mise sous contrainte budgétaire des hôpitaux se fait au détriment des plus modestes. Les déremboursements et le coût des mutuelles rendent l’effort financier des ménages les plus modestes cinq fois plus élevé que celui des plus aisés. Par conséquent, une part importante de la population, située juste au-dessus du seuil de la CMU, n’est pas ou est très mal couverte par une complémentaire santé. Ainsi quatre millions de personnes n’avaient pas de complémentaire santé en 2008. A quoi il faut ajouter des millions de personnes, souvent des jeunes salariés, couvertes par une mutuelle au rabais, qui rembourse très mal.
3. Un système de retraite plus juste
En repoussant petit à petit l’âge de départ en retraite, les inégalités d’espérance de vie se font plus visibles. Un cadre supérieur vit environ jusqu’à 83 ans tandis qu’un ouvrier peut espérer atteindre l’âge de 77 ans : six années de vie les séparent. Le fait de commercer à travailler tôt dans des conditions pénibles physiquement est déterminant. Les cadres profitent donc en moyenne d’une retraite plus longue, mais aussi d’une pension plus élevée, puisque leurs cotisations et celles de leurs employeurs étaient plus conséquentes. Sans compter que les cadres ont suivi des études largement financées par la collectivité et notamment par leurs camarades d’école qui ont commencé à travailler plus jeunes.
4. Ralentir le grand écart des revenus et des patrimoines
La France est peu inégalitaire au vu de la plupart des autres pays riches. Son système de redistribution maintient la plus grande masse des individus dans une fenêtre relativement réduite de niveaux de vie, allant de 800 à 2 700 euros par mois pour 80 % des personnes. Pour autant, les plus hauts revenus progressent beaucoup plus vite que ceux de la plupart des salariés. Entre 1999 et 2009, l’écart entre le niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres s’est accru de 7 600 euros. Les 10 % les plus riches possèdent presque la moitié de la fortune du pays. Depuis 2000, les baisses d’impôts (notamment la réduction des barèmes des impôts sur le revenu et sur la fortune ou le bouclier fiscal) pour les plus riches se sont succédées et ont encore accru les inégalités.
5. Des logements abordables à proximité des emplois
Malgré la construction massive de logements sociaux entreprise - plus de 400 000 depuis dix ans - une grande partie de la population reste mal logée. Les nouveaux logements sociaux sont de moins en moins accessibles aux ménages modestes. Selon la Fondation Abbé Pierre, 200 000 personnes vivent dans des conditions misérables. Non seulement les plafonds de ressources pour bénéficier de logements sociaux sont élevés (86 % des ménages de France y sont éligibles), mais leurs loyers ont presque doublé en 20 ans. Une partie du parc social, très dégradé et mal insonorisé où personne ne voudrait habiter, est indigne d’un des pays les plus riches du monde. Un quart des familles pauvres s’entassent dans des logements surpeuplés et inconfortables. Quant aux classes moyennes, elles sont chassées des centres-villes vers l’ultra périphérie par la spéculation immobilière, au prix de transports quotidiens longs et coûteux.
6. Femmes : l’égalité dans l’emploi passe par l’égalité dans le couple
Les femmes à temps complet gagnent 25 % de moins que les hommes. Cette moyenne masque des positions et des emplois très différents. Tout le monde est choqué par l’absence de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises, mais moins par la disparition des hommes dans certaines professions comme l’enseignement primaire et secondaire, la médecine ou la magistrature par exemple. Beaucoup oublient que le principal problème n’est pas d’avoir autant de ministres femmes et hommes, mais moins de précarité dans l’emploi, de temps partiel subi ou de bas salaires pour les peu qualifiés.
La répartition des rôles reste très sexuée dans notre société. Après la naissance d’un enfant, c’est la mère qui, dans l’immense majorité des cas, réduit son activité professionnelle. Cette valeur inculquée dès le plus jeune âge a déjà contribué à l’orientation des petites filles vers des jeux puis des filières scolaires réputées féminins.
7. Populariser une culture élitiste
60 % des cadres supérieurs vont au musée au moins une fois dans l’année, contre 24 % des ouvriers. Alors que, pour la majorité de la population, la télévision est le principal loisir, peu d’efforts sont menés pour mettre à la portée de tous la pratique musicale, l’accès aux musées, à l’opéra, aux théâtres. Ce constat vaut qu’il s’agisse des prix, de la mise à disposition des œuvres ou de l’information sur les différents évènements qui s’y passent. Force est de constater la fracture culturelle qui existe entre, d’une part, les classes aisées qui fréquentent des équipements culturels largement subventionnés (quand ils n’y sont pas invités) par les pouvoirs publics et, d’autre part, les classes populaires qui achètent à prix d’or leurs places de cinéma ou de concerts. Sauf exception, la politique culturelle de la France privilégie le subventionnement des artistes et se soucie peu de démocratiser l’accès de la population à leurs œuvres.
8. Jeunesse ne doit pas se conjuguer avec précarité
Sur quatre jeunes sur le marché du travail, un est au chômage, un second en emploi précaire et les deux derniers occupent un emploi normal. Et pour y parvenir ils ont, pour la plupart, dû accepter des stages ou des emplois temporaires. Même avec un diplôme, l’insertion dans l’emploi des jeunes est difficile. Les salariés âgés connaissent un chômage plus long que la moyenne, mais ils bénéficient de protections acquises au cours de leur carrière tandis que les obstacles rencontrés par les jeunes auront des effets en chaîne sur le reste de leur vie active. Ainsi, 29 % des jeunes n’arrivent pas à se loger convenablement ou à se chauffer et 17 % ne parviennent pas à payer leurs factures et se retrouvent par dizaines de milliers en situation de surendettement. Avant 25 ans, les jeunes n’ont toujours pas droit à un revenu minimum, sauf conditions draconiennes.
9. Ne plus faire croire que l’enfer c’est les autres
La chasse aux sans-papiers, l’expulsion des roms, la restriction de l’attribution de titres de séjour et du regroupement familial, et les 5,3 millions d’emplois fermés aux étrangers, établissent un climat nauséabond qui se fait le lit du délit de faciès véhiculé par les plus hautes autorités. La France s’érige en civilisation accomplie dotée de valeurs universelles mais elle n’est pas capable d’accueillir quelques milliers de personnes fuyant leur pays par besoin, faut-il le rappeler, alors que des pays en développement en accueillent des centaines de milliers. Une fois en France, les étrangers et les immigrés doivent, après le racisme d’Etat faire face au racisme ordinaire et aux discriminations. Ainsi, un quart des immigrés et de leurs descendants estime avoir été discriminé. Même si l’arbre des discriminations cache souvent la forêt des inégalités sociales, les immigrés appartenant en grande majorité aux classes modestes sans qualification, le trouble demeure.
10. Contrecarrer la ségrégation sociale entre quartiers
Contrairement à un discours répandu, la France n’est pas marquée par un processus d’« explosion » de la fracture sociale territoriale. Toutefois, de nombreux quartiers et les villes défavorisées font figure d’enclaves à la périphérie des métropoles, souvent mal desservies par les transports en commun et composées de grands ensembles bâtis dans les années 1960, fortement dégradés faute d’entretien. Le principal problème de ces zones défavorisées n’est pas tant la rénovation urbaine que les difficultés sociales qui traversent les populations qui y résident et s’en échappent dès que possible. L’énorme taux de chômage des jeunes dans les « zones urbaines sensibles » (43 % !), s’explique d’abord par les caractéristiques sociales et familiales telles que le faible niveau de formation, des familles nombreuses ou monoparentales et des parents modestes.
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le 7 mai 2013
La place des femmes dans les manuels scolaires
Sur près de 3 500 personnages sexués répertoriés dans les manuels scolaires, on décompte une femme pour cinq hommes, selon deux études menées par le Centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes Hubertine Auclert. Ces deux études font le même constat de la sous-représentation des femmes et de la persistance des représentations stéréotypées dans les manuels scolaires. L’Observatoire des inégalités propose des extraits de ces rapports.
le 2 avril 2013
La construction des inégalités entre filles et garçons à l’école maternelle
L’ école maternelle constitue un lieu de socialisation central dans la construction des inégalités entre les filles et les garçons. Une analyse de Véronique Rouyer et Yoan Mieyaa de l’Université de Toulouse 2 – Le Mirail.
le 8 mars 2013
Carrefour aime la « femme digitale »
Spécialiste des temps partiels imposés, l’enseigne de grande distribution se donne bonne conscience en finançant des manifestations prétendument féministes. Extrait de l’Humanité du 8 mars 2013.
le 5 mars 2013
Le long chemin vers l’égalité professionnelle
La forte progression du salariat féminin n’a pas débouché sur une égalité professionnelle. Pas plus qu’elle ne s’est accompagnée d’une redéfinition des rôles dans la famille. Le point de vue de Hélène Périvier, économiste à l’OFCE. Extrait du hors-série poche Alternatives Économiques « Les inégalités en France ».
le 28 février 2013
Inégalités hommes-femmes : les non-dits du 8 mars
50 % de femmes députées ou chefs d’entreprise, et alors ? Pour établir l’égalité hommes-femmes, il faut se poser la question de la façon dont fonctionne l’entreprise, la famille ou l’école. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
le 28 février 2013
Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France
Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent, mais on est encore loin d’atteindre l’égalité. Le tour de la question en France par l’Observatoire des inégalités.
le 31 janvier 2013
Quelle est la différence entre inégalité sociale et discrimination ?
le 16 janvier 2013
www.jeunes.inegalites.fr : un nouvel espace pour les jeunes
L’Observatoire des inégalités lance son espace dédié aux jeunes, avec des fiches thématiques, des vidéos, une nouvelle et plein de choses à venir.
le 5 janvier 2013
Concours de clips vidéo prix « Jeunesse pour l’égalité »
Le prix « Jeunesse pour l’égalité » est terminé ! Nous avons reçu 57 films : pour une première, c’est un succès ! Découvrez les lauréats.
le 28 décembre 2012
Mariage homosexuel, inégalité et injustice
Le débat sur la légitimité du mariage homosexuel porte, au fond, sur la légitimité de l’homoparentalité. Le refus de reconnaître juridiquement l’un et l’autre ne constituerait-il pas un cas manifeste de discrimination ? Une analyse de Patrick Savidan, professeur de philosophie sociale et politique à l’Université de Poitiers.
le 7 novembre 2012 Dans « Un siècle de travail des femmes en France » (ed. La Découverte), Margaret Maruani et Monique Meron passent à la loupe l’activité des femmes au fil du siècle. Un travail au long cours, et quelques résultats étonnants.
« La progression du nombre de femmes ingénieures ne doit pas faire oublier le sous-emploi des caissières », entretien avec Margaret Maruani et Monique Méron.
le 28 août 2012
« Les inégalités en France 2012 » : tout savoir sur les inégalités
Le magazine Alternatives Economiques publie « Les inégalités en France », un hors-série qui se fonde sur le travail réalisé depuis bientôt dix ans par l’Observatoire des inégalités. Un document indispensable pour avoir sous la main les chiffres essentiels et les analyses des meilleurs experts du sujet. Quelques extraits en avant première.
le 27 juin 2012
Inégalités salariales : « Au moment de l’arrivée dans le monde du travail, il est déjà trop tard », Louis Maurin de l’Observatoire des inégalités
Les femmes gagnaient toujours 19,7% de moins que les hommes, en 2010, d’après les chiffres publiés par l’Insee. Explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait du quotidien Libération.
le 19 avril 2012
Inégalités : les 10 indicateurs clés
Comment évoluent les inégalités ? 10 indicateurs les plus pertinents pour aller à l’essentiel. Par Noam Leandri et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.
le 11 janvier 2012
Pouvoir économique en Suède et inégalités des sexes
Même dans un pays parmi les plus égalitaires, la Suède, des inégalités entre les sexes subsistent au sein du monde du travail. Une étude extraite de Informations sociales.
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