Les revenus par habitant des régions du monde les plus pauvres s’accroissent plus vite que ceux des régions les plus riches. Mais les inégalités de revenus entre les pays restent très importantes…
Depuis dix ans, les revenus par habitant augmentent davantage au sein des pays pauvres que dans les pays riches. Certains pays en développement connaissent un vrai essor économique qui se répercute sur l’amélioration des conditions de vie des habitants. Pour autant, on demeure encore bien loin d’une convergence mondiale. Un certain nombre de pays restent à l’écart de ce mouvement et les données moyennes sur les niveaux de vie par pays masquent les inégalités énormes qui existent à l’intérieur des pays. Des millions de personnes continuent à vivre dans le plus complet dénuement.
1. Les variations selon les niveaux de revenus
Le revenu par habitant, illustré par le produit intérieur brut (Pib) [1], des pays riches a augmenté de 11 % entre 2000 et 2010, beaucoup moins rapidement que la moyenne mondiale, estimée à + 25 % (en dollars en parité de pouvoir d’achat). Les pays à faibles revenus (dont le Pib par habitant moyen en 2010 est légèrement supérieur à 1 000 dollars) affichent une progression moyenne de près de 41 %. Si les inégalités se réduisent entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, l’écart continue de se creuser entre les pays pauvres et les pays à niveaux de revenus intermédiaires (Pib par habitant moyen de 6 000 dollars) qui enregistrent une croissance de + 63 %.
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2. Les variations selon les régions du monde
Entre 2000 et 2010, le Pib annuel par habitant a augmenté de 7,6 % en Amérique du Nord, passant de 38 877 dollars à 41 819 dollars, et de 11 % dans l’Union européenne, évoluant de 24 826 dollars à 27 554 dollars. Ces deux entités restent les régions les plus riches du monde. Mais l’écart ne s’accroît plus avec les autres régions. Ainsi, l’Afrique subsaharienne reste la région du monde la plus pauvre mais son Pib par habitant s’est accru de 29 % entre 2000 et 2010. C’est en Asie, grâce notamment à l’impulsion de l’Inde et de la Chine, que la croissance est la plus importante : l’Asie du Sud affiche une hausse de son Pib par habitant de 72,4 %, et l’Asie de l’Est et Pacifique de 62 %.
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3. La tendance par pays
En Europe, les pays les plus pauvres affichent les augmentations les plus conséquentes : entre 2000 et 2010, la Roumanie a vu croître son Pib par habitant de 59 %, contre 15 % en Suède ou moins de 5 % en France. Le constat est le même en Amérique, où ce sont les pays d’Amérique latine (les plus pauvres) qui présentent une croissance du Pib par habitant la plus importante sur la même période, Pérou en tête avec + 53 %, tandis que les Etats-Unis affichent une croissance du Pib par habitant de 7,5 %.
En Afrique subsaharienne, certains pays parmi les plus pauvres ont vu croître leur Pib par habitant de manière considérable. Celui de l’Angola a augmenté de 113 %, le Rwanda de 60 %. L’Asie du Sud-Est reste un cas à part : c’est la Chine, pays émergent, qui possède la croissance la plus importante du Pib par habitant (+ 155 %), devant l’Inde (83 %). Le Japon en revanche a une variation de seulement + 8 %.
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Doit-on en conclure que nous entrons dans un processus mondial de convergence des niveaux de vie ? Tout d’abord, ces données sont à considérer avec beaucoup de prudence. Les systèmes de comptabilité nationale de chaque pays, ceux qui mesurent le Pib, sont loin d’être tous de qualité équivalente, certaines données manquent de fiabilité. Ensuite, on ne mesure qu’un niveau général de richesse : ces chiffres ne préjugent en rien de la répartition de cette richesse à l’intérieur des pays. Ainsi les pays émergents, comme la Chine, ont connu une très forte croissance (+ 155 % d’augmentation du Pib par habitant entre 2000 et 2010) mais celle-ci ne bénéficie pas à toute la population de manière égalitaire [2] : chaque habitant ne voit pas ses revenus augmenter autant en proportion de la richesse produite, loin de là… Ainsi, il est impossible à partir de ces données de mesurer les inégalités au sein des pays, mais aussi entre les individus à l’échelle mondiale. Ces données ne constituent que des éléments de comparaison entre les pays.
De même, les variations relatives (en %) ne doivent pas tromper : le même pourcentage appliqué à un revenu annuel par habitant de 1 500 dollars ne signifie pas du tout les mêmes gains que pour un revenu de 40 000 dollars. Entre 2000 et 2010, le Pib par habitant de l’Angola a évolué de 2 569 à 5 480 dollars, soit une augmentation de moins de 3 000 dollars. Dans la même période, le Pib par habitant français est passé de 20 284 à 29 647 dollars, soit une augmentation supérieure à 9 000 dollars. L’écart en valeur absolue s’accroît, alors que l’augmentation en pourcentage est bien plus importante en Angola (+ 113 %) qu’en France (+ 4,8 %)…
Enfin, les écarts entre les régions restent gigantesques : le Danemark affiche un Pib par habitant en 2010 de 32 485 dollars, tandis que celui de l’Angola, pays qui a enregistré la plus forte hausse du Pib par habitant en Afrique subsaharienne, est cinq fois moins élevé avec 5 480 dollars. Pour certains pays pauvres, l’écart ne cesse de se creuser. Des pays comme la Côte d’Ivoire (- 10 %) ou Haïti (- 12 %), confrontés à de lourds conflits internes ou des catastrophes naturelles, ont même vu leurs niveaux de vie se réduire au cours de la période. Et les écarts actuels entre les régions sont plus importants qu’en 1980.
Bref, on est très loin d’une réelle convergence des niveaux de vie au niveau mondial et encore moins d’une éradication de la pauvreté, qui implique à la fois une forte croissance de la richesse – ce qui est le cas d’un certain nombre de pays du Sud – et un réel partage de ces richesses à l’intérieur de chaque pays. Pour rappel, on comptabilisait en 2005, selon la Banque mondiale, 1,4 milliard de pauvres dans le monde [3]…
Si ces données restent fragiles, elles nous invitent à une certaine prudence vis-à-vis de certains discours catastrophistes concernant l’évolution économique et sociale mondiale : de nombreux pays pauvres ont montré une évolution positive des revenus de leurs habitants ces dernières années. A cela, rappelons que les conditions de vie dans le monde s’améliorent, notamment l’accès aux besoins fondamentaux des plus pauvres [4]. Si les écarts restent énormes entre les populations, les évolutions récentes des revenus par habitant montrent aussi que la lutte pour la réduction des inégalités dans le monde n’est pas vaine.
[1] Le Pib par habitant illustre la création de richesses au sein d’un pays divisée par le nombre d’habitants. Pour que ces données puissent être comparées à un niveau international, elles sont calculées en parité de pouvoir d’achat (PPA), ce qui permet d’atténuer les différences du coût de la vie entre les pays.
[2] Voir notre article, « Les inégalités augmentent en Chine ».
[3] Voir notre article « La pauvreté dans le monde ».
[4] Voir notre article sur « Les conditions de vie dans le monde : des inégalités qui se réduisent ».
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