Mieux comprendre la société française est indispensable, mais les éléments manquent. Pour tenter d’y voir plus clair, la société Compas, partenaire de longue date de l’Observatoire des inégalités, ouvre un Centre d’observation de la société.
L’écart qui se creuse entre la représentation de la société et les comportements sociaux a des conséquences dramatiques. Comment expliquer autrement, par exemple, le rejet croissant de la « classe » politique traditionnelle et la montée de l’extrême droite ?
Il est urgent de se donner des outils pour mieux comprendre la société française. La société nantaise Compas, spécialiste de l’observation territoriale, et partenaire de l’Observatoire des inégalités, a décidé de créer le Centre d’observation de la société (www.observationsociete.fr) : un outil au service d’une meilleure compréhension.
La France « vue d’en haut » n’est pas celle qui est vécue au quotidien par l’immense majorité de la population. Elle n’est ni une France moyennisée qui s’expose tous les jours sur son Facebook et qui skie tous les ans en février, ni une France paupérisée marquée par « l’explosion des inégalités et de la pauvreté ». Sur dix Français, neuf ont un diplôme inférieur à bac + 2, quatre ne partent pas en vacances et trois n’ont pas d’accès à Internet...
De très nombreuses raisons expliquent la difficulté actuelle à comprendre notre société. Le système statistique français n’est pas à la hauteur, incapable de fournir des données récentes dans de nombreux domaines, et de les délivrer de façon intelligible. C’est ainsi qu’aujourd’hui, les données détaillées sur la télévision - pourtant le premier loisir des Français - appartiennent à une société privée, Médiamétrie. Des pans entiers de l’analyse de la société sont laissés quasiment à l’abandon : des dizaines de chercheurs travaillent sur la pauvreté, l’immigration ou l’école, mais une poignée sur la consommation, les revenus ou la stratification sociale. La concentration des pouvoirs dans la capitale polarise la vision des élites, coincée entre la plus grande richesse et les cités délabrées… La rapidité d’exécution croissante du travail journalistique conduit très souvent à une simplification des phénomènes sociaux. Le recours démesuré aux sondages induit une vision éphémère des comportements. C’est de cette façon que le débat politique, traité comme une course de chevaux rythmée par les sondages, alimente à son tour l’éloignement des citoyens du politique.
Si l’on veut avancer dans la compréhension, il faut éviter trois écueils. Le premier est de sortir des phénomènes de mode. De nombreux intellectuels ont intérêt à vendre la « révolution permanente » de la société française, mettant en avant les « ruptures ». C’est ainsi qu’après la modernité tout court, on a eu droit à la « post », la « sur » ou « l’hyper-néo » modernité… On a inventé hier la « moyennisation », et aujourd’hui on peut vendre « la fin des classes moyennes »… Pour s’en dégager, il est impératif de prendre du recul, d’élargir les perspectives. Le deuxième écueil est celui de la dramatisation. Qu’il s’agisse de l’état de l’école, de l’intégrisme des cités ou de l’explosion de la pauvreté… le catastrophisme est aussi une manière de susciter l’audience en jouant sur l’anxiété de citoyens, mais ne permet pas de comprendre la société. Le troisième écueil est la nostalgie de la société d’hier. Pour beaucoup, l’idéal d’aujourd’hui ressemble à la société des années 1960. Où le maître d’école, le curé et le père de famille avaient encore tous les pouvoirs. Idéaliser le passé permet de rassurer ceux qui vieillissent et s’apprêtent à laisser la place à d’autres, puisqu’ils quittent un monde qui se dégrade.
Eviter ces obstacles ne signifie pas que la France ne change pas, qu’elle ne connaît pas de grandes difficultés sociales ou que toute transformation sociale soit bonne à prendre. Ainsi, par exemple, l’autonomie croissante des individus, par exemple l’émancipation des femmes, est un immense progrès. Mais cet individualisme rencontre ses limites quand il consacre la liberté du plus fort au détriment du plus faible.
Sans fétichisme du chiffre, il devient indispensable de mettre sur la table des données structurelles pour sortir de la rhétorique française où chacun se paie de bons mots. Ce qui permet à tout le monde d’avoir raison en même temps, faute de pouvoir être départagé par les faits… Ce travail est déjà celui d’un certain nombre de chercheurs français qui tentent de dégager des transformations sociales structurelles, dont une partie figure au conseil scientifique du Centre d’observation de la société. Il est aussi réalisé chaque année par un certain nombre d’organisations indépendantes, comme la Fondation Abbé Pierre sur la question du logement, les Secours populaire et catholique pour la pauvreté, et bien d’autres. Il est enfin bien sûr celui de l’Observatoire des inégalités dans son domaine.
Le Centre d’observation de la société a vocation à traiter un champ plus large – la société ne se résume pas aux inégalités – mais d’une façon plus modeste : il se concentrera sur la fourniture d’outils factuels et laissera à d’autres médias les analyses et points de vue. On trouve sur le site du Centre d’observation de la société la mise en perspective d’éléments d’actualité par des études de fond, la présentation des principales tendances sociales à l’œuvre depuis la Seconde guerre mondiale [1]. Des cartes illustrent la répartition des principaux phénomènes sociaux sur le territoire. Enfin, un guide des sources d’information (publications et organismes) et un glossaire guident l’internaute. L’objectif est de construire, avec des moyens modestes, un outil le plus accessible possible au grand public, de produire des éléments nécessaires à un débat démocratique plus riche.
Louis Maurin
Directeur de l’Observatoire des inégalités et du Centre d’observation de la société. Auteur de « Déchiffrer la société française », La découverte, 2009.
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[1] Quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur ses analyses, c’était le projet porté par le groupe réuni autour d’Henri Mendras, décédé en 2003. Voir Louis Dirn, La Société française en tendances (1975-1995), PUF, coll. « Sociologie d’aujourd’hui », Paris, 1998 (2e éd.)
le 23 mai 2013
Les « avantages » des salariés : privilèges ou acquis sociaux ?
Un certain nombre de salariés bénéficient d’avantages de la part de leur employeur. Privilèges ou amélioration de la condition salariale ? Le débat est ultra-sensible et se focaliser sur les privilèges constitue une façon de détourner le débat sur les inégalités de salaires. Une tentative d’éclaircissement par Valérie Schneider de l’Observatoire des inégalités.
le 22 mai 2013
La « crise » ou l’art d’échapper à la solidarité
Connaissez-vous un Français qui échappe à la « crise » ? Le mot est dans toutes les bouches : rien de tel que de se poser en victime pour échapper à un effort de redressement national. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Tribune publiée par le Huffingtonpost du 22 mai 2013.
le 2 mai 2013
« La pauvreté ne reculera que si le chômage décroit », entretien avec François Chérèque, inspecteur général des affaires sociales
Le gouvernement a adopté un plan de lutte contre l’exclusion et la pauvreté en janvier 2013. Il contient 61 mesures de nature diverse qui vont de l’expérimentation de dispositifs d’insertion à la hausse de certaines prestations. Trois mois après, l’ancien responsable syndical, François Chérèque, chargé de suivre sa mise en œuvre, a remis ses premières observations au Premier ministre.
le 16 avril 2013
Patrimoine : qui possède combien ?
Les 10 % les plus riches possèdent 48 % de la fortune nationale. Les 50 % les moins fortunés en possèdent 7 %...L’inégalité des patrimoines est encore plus accentuée que celle des revenus.
le 27 mars 2013
Pourquoi la gauche doit augmenter les impôts
Après avoir réduit les impôt au profit des plus aisés, la France se lance dans une suicidaire baisse des dépenses, qui pénalise les couches populaires et moyennes. L’alternative est un effort fiscal national. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Article publié par Le Monde du 28 mars 2013.
le 21 mars 2013
Supplément familial : l’Etat aide les enfants des fonctionnaires en fonction de leur revenu
Avec trois enfants, un fonctionnaire modeste perçoit un supplément minimum de 182 euros par mois tandis qu’un haut fonctionnaire reçoit 281 euros au maximum, soit 55 % de plus. Une analyse de Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités.
le 19 mars 2013
Allocations familiales : cibler ou taxer ?
Faut-il taxer ou plafonner les allocations familiales ? Un sujet controversé qui représente 13 milliards d’euros. Le point de vue de Julien Damon. Extrait de Actualités sociales hebdomadaires.
le 19 mars 2013 Plutôt que réduire les allocations, il faudrait mieux supprimer le système injuste de quotient familial de l’impôt sur le revenu. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Il faut supprimer le quotient familial
le 19 février 2013
Villes, périurbain, rural : quels sont les territoires les moins favorisés ?
Entre la ville, l’habitat périurbain ou rural, où les niveaux de vie sont-ils les plus élevés ? Le débat sur les niveaux de vie des territoires n’est pas nouveau. Extrait du Centre d’observation de la société.
le 13 février 2013
Fonctionnaires : le mépris salarial continue
Depuis 2010, les fonctionnaires n’auront eu aucune augmentation générale. Le statut protecteur de la fonction publique justifie-t-il un tel mépris salarial ? Le point de vue de Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités.
le 7 février 2013
Budget 2013 : bilan des mesures fiscales
La nouvelle majorité a décidé d’un certain nombre de mesures fiscales. Quel bilan peut-on en dresser ? L’analyse de Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités.
le 25 janvier 2013
Pourquoi le gouvernement renonce à réformer les impôts
La réforme fiscale n’aura pas lieu. Essayer de comprendre le renoncement du gouvernement permet d’analyser les difficultés de la gauche à rendre l’impôt plus juste et plus efficace. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
le 24 janvier 2013
Nette augmentation de la pauvreté en France, selon Eurostat
Entre 2008 et 2011, le nombre de pauvres a augmenté en France entre 400 000 et un million selon les définitions, d’après les données publiées par Eurostat. Les premières victimes de la crise sont les jeunes et les personnes peu qualifiées.
le 16 janvier 2013
www.jeunes.inegalites.fr : un nouvel espace pour les jeunes
L’Observatoire des inégalités lance son espace dédié aux jeunes, avec des fiches thématiques, des vidéos, une nouvelle et plein de choses à venir.
le 5 janvier 2013
Concours de clips vidéo prix « Jeunesse pour l’égalité »
Le prix « Jeunesse pour l’égalité » est terminé ! Nous avons reçu 57 films : pour une première, c’est un succès ! Découvrez les lauréats.
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Objectif : Proposer à l’ensemble des citoyens européens les publications les plus pertinentes sur le thème des inégalités en Europe. Connaître et comprendre l’évolution des inégalités, les mécanismes qui sont à l’origine de leur augmentation ou de leur réduction, et leurs conséquences au sein de chaque pays européen et entre eux.
Inégalités et discriminations
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Objectifs : Recense les études récentes et rigoureuses sur la mesure des discriminations, Sans réduire leur importance, l’objectif est aussi de rappeler que l’intérêt qui est porté aux discriminations ne doit pas occulter le mécanisme des inégalités sociales.
Observatoire des inégalités territoriales
http://www.inegalitesterritoriales.fr/
Où en sont les inégalités dans votre commune, votre département ou votre région ? Un outil comparatif créé par l’Observatoire des inégalités et la société Compas-Tis, spécialisée dans l’analyse des données locales.
Objectif : Emplois, revenus, niveau d’éducation… Les moyennes nationales cachent souvent des écarts considérables entre les territoires. Cet outil permet d’accéder à un ensemble d’indicateurs sur l’ensemble des communes, des départements et des régions de France.
L’Observatoire des inégalités est un organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités. Il est situé à Tours et dispose d’une antenne en région parisienne. Outre l’équipe permanente, il s’appuie sur un réseau de citoyens sensibilisés par la question des inégalités. L’Observatoire des inégalités dispose par ailleurs d’un conseil scientifique composé d’économistes, de philosophes, de sociologues et de juristes. Voir l’équipe
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