Riches, pauvres et classes moyennes : comment se situer ?

20 octobre 2016 - Quels sont les seuils de pauvreté, de richesse et le niveau de vie des classes moyennes en France ? L’Observatoire des inégalités publie les toutes dernières données pour mieux se situer.


A partir de quel niveau de vie   est-on riche ou pauvre, appartient-on aux classes « populaires », « moyennes » ou « aisées » ? Pour fixer des seuils, nous avons adopté la définition du Crédoc qui considère comme appartenant aux classes moyennes les personnes situées au-dessus des 30 % les plus pauvres et en-dessous des 20 % les plus riches. Nous fixons le seuil de pauvreté à la moitié du revenu disponible   médian   (après impôts et prestations sociales) et le seuil de richesse au double [1].

Si on utilise les définitions précédentes, le seuil de pauvreté vaut 761 euros mensuels (données 2014) pour une personne seule [2], 1 485 euros pour un couple sans enfant et 1 949 euros pour un couple avec deux enfants. Les catégories populaires (à ne pas confondre avec les personnes pauvres comme c’est parfois le cas) rassemblent tous ceux qui touchent moins de 1 238 euros pour une personne, 2 414 euros pour un couple sans enfant et 3 219 euros pour un couple avec deux enfants. Les classes moyennes s’étendent de 1 238 à 2 225 euros pour une personne seule, de 2 414 à 4 389 euros pour un couple sans enfant et de 3 219 à 5 544 euros pour un couple avec deux enfants. Au-dessus de ces niveaux se situent les catégories aisées. Si l’on fixe le seuil de richesse au niveau du double du revenu médian, on devient riche à partir de 3 045 euros pour une personne seule, 5 940 euros pour un couple et 7 797 euros pour une famille avec deux enfants.

Ces limites sont discutables. Notre seuil de pauvreté est bas : le plus souvent, c’est le seuil à 60 % du niveau de vie médian qui est utilisé, non celui à 50 %. Notre définition des catégories populaires est restrictive. D’un point de vue sociologique, ces catégories comprennent l’ensemble des employés et ouvriers, qui représentent la moitié des actifs. Nos catégories « aisées » rassemblent des ménages aux revenus très inégaux, des cadres supérieurs aux PDG de multinationales. Enfin, les données de l’Insee ne prennent en compte ni le niveau de patrimoine détenu, ni le coût du logement [3] ou des transports, qui réduisent les niveaux de vie   et dépendent des territoires où l’on vit.

Le premier intérêt de ces délimitations de niveaux de vie est d’éviter de mélanger des revenus par personne ou selon le type de ménage. Connaître le niveau de vie médian d’une personne n’est pas très parlant pour la plupart des ménages qui raisonnent globalement. Elles permettent ensuite de dresser des contours des différentes catégories de revenus (populaires, moyennes, aisées), certes approximatifs et critiquables, mais qui donnent des ordres de grandeurs. Elles fixent enfin un seuil de richesse, le grand absent du débat public.

De quels revenus parle-t-on ?

Les données les plus proches de ce que l’on peut vraiment dépenser sont fournies par l’Insee, via les déclarations d’impôts. On y trouve toutes sortes de revenus : les salaires, mais aussi les revenus du patrimoine ou des indépendants par exemple [4]. L’institut en retire les impôts directs (sur le revenu et impôts locaux) puis y ajoute les prestations sociales (comme les allocations logement). On mesure alors des revenus dits « disponibles ».

Il faut tenir compte de la composition des ménages : personnes seules, familles monoparentales, couples sans enfants, etc. [5] Le plus souvent, on utilise pour cela des systèmes de parts fictives (dites « unités de consommation ») qui permettent de comparer les ménages entre eux. Mais alors, les revenus ne correspondent pas à la réalité des ressources réellement perçues, que nous publions ici.

Cet article est repris du Centre d’observation de la société.

Photo / © elavuk81 - Fotolia.com

Notes

[1Une définition qui vaut celle du seuil de pauvreté. Voir « Qui est riche en France ? », Louis Maurin, Alternatives Économiques n°153, novembre 1997.

[2Il ne faut pas confondre ce chiffre avec le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian, pour « l’équivalent d’une personne seule », qui est un calcul théorique. Ici il s’agit de ce que touchent vraiment les personnes seules. Voir ici pour en savoir plus.

[3Très difficile à intégrer dans la mesure où il faudrait savoir si la localisation du logement est subie ou choisie.

[4Ce qui n’est pas déclaré échappe par définition au calcul.

[5On pourrait encore affiner, par exemple en tenant compte du nombre d’enfants de chaque famille monoparentale.

Date de rédaction le 7 avril 2014

© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Soutenir l'Observatoire des inégalités

Sur le même sujet

Soutenez le deuxième rapport sur les inégalités en France

11 avril 2017
Premier objectif atteint : nous avons réuni la somme de 10 000 euros, merci à tous ceux qui ont contribué. Deuxième objectif : 15 000 euros. Pour nous permettre d’augmenter la diffusion du rapport et de réaliser des infographies sur les principaux indicateurs. Nous comptons sur vous.

La seconde édition de notre « Rapport sur les inégalités » à nouveau soutenu par un grand nombre d’experts

5 avril 2017
Notre second « Rapport sur les inégalités en France » est en cours d’élaboration. Sociologues, économistes, juristes, ou encore anthropologues : un grand nombre de chercheurs soutiennent à nouveau notre initiative.

Combien gagnent les très riches ?

31 mars 2017
2,7 millions de personnes gagnent plus de 61 000 euros par an en France. Ces 10 % les plus riches reçoivent, à eux seuls, une masse de revenus 1,4 fois plus importante que les 50 % du bas de la pyramide.

Prix « Jeunesse pour l’égalité » : qui sont les lauréats ?

28 mars 2017
La quatrième cérémonie de remise des prix du concours « Jeunesse pour l’égalité » organisé par l’Observatoire des inégalités s’est déroulée mercredi 22 mars dernier, dans la salle du Conseil de l’Hôtel de Ville de Paris. Un lieu hautement symbolique pour les 250 jeunes présents qui ont occupé, quelques heures durant, les sièges des élus parisiens. Découvrez les (...)

Les discriminations à l’embauche persistent en France

14 mars 2017
Selon un testing réalisé auprès d’entreprises à l’occasion d’embauches, le choix des employeurs se porte deux fois plus sur une candidature dite « hexagonale » que sur un candidat « maghrébin ». Les discriminations à l’embauche persistent en France.

Inégalités hommes-femmes : les leurres du 8 mars

7 mars 2017
50 % de femmes députées ou dirigeantes d’entreprise, pour quoi faire ? L’égalité hommes-femmes passe par une remise en cause du fonctionnement de l’entreprise, de la famille ou de l’école. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Filles et garçons dans l’enseignement supérieur : des parcours différenciés

3 mars 2017
Les filles représentent 58 % des étudiants à l’université. 70 % d’entre elles suivent les filières lettres ou sciences humaines, 40 % des filières scientifiques.

Valeurs : les Français soutiennent massivement les plus pauvres

24 février 2017
Dans leur immense majorité, les Français restent solidaires des plus pauvres et soutiennent les politiques sociales. La stigmatisation des « assistés », la « fin de la compassion » ou la « pauvrophobie » ne sont le fait que d’une minorité. Une analyse du Centre d’Observation de la société.

Les classes sociales, un outil indispensable pour comprendre les inégalités

21 février 2017
Les inégalités se creusent, et pourtant on oublie de plus en plus souvent la question des classes sociales. Celle-ci est pourtant indispensable si l’on veut comprendre les formes de dominations de notre société. Une analyse du sociologue François Dubet, extraite de la Revue Française de Socio-Economie.

Prendre (enfin) en compte le malaise des classes populaires et moyennes

14 février 2017
Les politiques publiques doivent d’urgence répondre au malaise des classes populaires et moyennes. En agissant sur deux grands leviers : réformer l’école et s’attaquer au poids des hiérarchies dans le monde du travail. Par Valérie Schneider de l’Observatoire des inégalités.

FERMER