L’obésité chez les jeunes : le poids du milieu social

6 octobre 2015 - Un enfant de grande section de maternelle fils d’ouvrier a 4,5 fois plus de risque d’être obèse qu’un enfant de cadre supérieur. En classe de CM2 cette proportion est de 0,8 % chez les enfants de cadres, contre 7 % chez les enfants d’ouvriers.


5,8 % des enfants de grande section de maternelle fille ou fils d’ouvriers souffrent d’obésité [1] contre 1,3 % des enfants de cadres supérieurs. Les enfants d’employés ont aussi 3,7 fois plus de risque d’être obèses que les enfants de cadres selon une étude du ministère des Affaires sociales, menée auprès de 19 000 enfants pendant l’année scolaire 2012-2013.

En grande section, la part d’enfants obèses est passée de 3,2 % en 2006 à 3,5 % en 2013. Mais cette donnée moyenne masque de fortes inégalités entre catégories sociales. Si les enfants de cadres n’ont pas connu une augmentation de l’obésité sur la période, les enfants d’employés, comme ceux des agriculteurs, commerçants et chefs d’entreprise, ont vu leur taux d’obésité augmenter de 1,3 point.

Les inégalités persistent par la suite. En CM2, les disparités selon le milieu social continuent à se manifester. 0,8 % d’enfants de cadres en souffrent, contre 7 % d’enfants d’ouvriers, selon le ministère des Affaires sociales (données 2008), soit près de neuf fois plus. Le constat est similaire en classe de troisième. Près de 4 % des enfants ont un problème d’obésité (Source : ministère des Affaires sociales, données 2009). Mais la proportion d’enfants de cadres en surpoids est de 2,3 %, contre près de trois fois plus pour les enfants d’ouvriers (6,5 %).

Les comportements alimentaires, les habitudes de vie, dont notamment la pratique d’une activité physique, sont différenciés selon les catégories sociales et jouent sur la santé, en particulier sur l’obésité, dès le plus jeune âge. Cette étude indique par exemple que les enfants de cadres sont 9 % à posséder un écran dans leur chambre, contre 33,7 % des enfants d’ouvriers. 31,4 % de ces derniers consomment tous les jours des boissons sucrées, contre 8 % des enfants de cadres.




L’obésité : un idéal de minceur ?
L’obésité est une pathologie qu’il faut combattre pour améliorer la santé de la population. Pour autant, il faut aussi s’interroger à propos des normes véhiculées par notre société sur ce sujet. A quel moment s’agit-il d’un problème de santé et quand mesure-t-on l’écart avec un idéal de minceur des catégories plus favorisées ? Selon les époques, les pays et les milieux sociaux, la notion de surpoids n’est pas toujours identique. On montre facilement du doigt des catégories populaires aux pratiques qui s’écartent de la norme des catégories aisées. Il ne faut pas oublier enfin les facteurs génétiques de l’obésité.

Photo / © Raoul Duke - Fotolia.com

Notes

[1Déterminée en fonction de l’« indice de masse corporelle », rapport entre le poids et la taille (élevée au carré). On parle d’obésité quand l’IMC dépasse 30 kg/m2. En France, à l’âge de 10 ans, un enfant qui mesure 1,35 m est jugé obèse à partir de 44 kg.

Date de rédaction le 6 octobre 2015

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