Dossier spécial : les travailleurs pauvres

25 janvier 2011 - Qui sont les travailleurs pauvres ? Comment mesure-t-on leur nombre ? Combien sont-ils en France, en Europe et dans le monde ? L’Observatoire des inégalités propose un dossier spécial pour faire le tour de la question.


Qu’est-ce qu’un travailleur pauvre ?

L’expression de « travailleur pauvre » désigne de manière générale une personne qui possède un emploi, mais dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Le niveau de pauvreté lié à la rémunération du travail dépend par ailleurs du seuil considéré. Par exemple, le Bureau international du travail (BIT) prend en considération les seuils de pauvreté retenus par la Banque mondiale, soit 1,25 dollar par jour en ce qui concerne le seuil d’extrême pauvreté, et deux dollars par jour pour le seuil de pauvreté. Eurostat, l’organe statistique européen, propose quant à lui un seuil relatif qui correspond à 60 % du revenu médian au sein de chaque État. Il faut donc se garder de toute comparaison entre les données européennes et internationales. Par mois, le seuil de pauvreté au Royaume-Uni est estimé à 967 € contre 159 € en Roumanie (voir Les seuils de pauvreté en Europe). Si l’on retient les critères proposés par le BIT, soit 2 dollars par jour, le seuil serait autour de 45 euros par mois...

Comment mesure-t-on le nombre de travailleurs pauvres ?

Il existe deux façons de mesurer le nombre de travailleurs pauvres. Soit on prend en compte l’ensemble des revenus du ménage, auquel on ajoute les prestations sociales. Il s’agit alors de travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Si le niveau de vie ainsi calculé est inférieur au seuil de pauvreté, les personnes en emploi au sein de ce ménage sont considérées comme travailleurs pauvres. C’est le cas, par exemple, d’une famille de cinq personnes où une seule dispose d’un emploi payé au Smic à temps plein. Soit on prend en compte uniquement les revenus individuels d’activité (salaires ou revenus des travailleurs indépendants). Si les revenus d’activité d’une personne qui travaille sont inférieurs au seuil de pauvreté, elle sera considérée comme travailleuse pauvre. C’est le cas par exemple d’une personne employée au Smic à mi-temps. Elle ne serait pas prise en compte dans la première définition si elle vivait avec une personne dont les revenus permettent de dépasser le seuil de pauvreté pour l’ensemble du ménage.

Quels sont les facteurs de ce phénomène ?

La pauvreté au travail s’explique d’abord par des niveaux de salaires insuffisants. En France, le salaire minimum à temps plein est supérieur - d’environ 100 euros - au seuil de pauvreté. Les actifs à temps plein ne peuvent être des travailleurs pauvres au sens de l’activité. Ils peuvent être pauvres s’ils vivent dans un ménage sans autres ressources par exemple.

Tous les actifs ne travaillent pas à temps plein. Le temps partiel, l’alternance d’emplois et de chômage, l’intérim de courte durée peuvent aussi déboucher sur des revenus salariaux inférieurs au seuil de pauvreté en moyenne sur l’année. La précarisation de l’emploi alimente directement la pauvreté au travail.

Un phénomène qui prend de l’ampleur

Le phénomène des travailleurs pauvres prend de l’ampleur du fait de la montée du chômage, de la précarité et de la déréglementation des marchés du travail. Ce qui marque les esprits, c’est qu’au sein de pays riches où la « valeur travail » est mise en avant, le fait d’exercer un emploi ne garantit plus toujours de sortir de la pauvreté et de pouvoir disposer de ressources qui permettent de s’insérer correctement dans la société. Il n’en demeure pas moins qu’entre les vendeurs à la sauvette des rues des mégalopoles des pays du Sud et les salariés en temps partiel subi des pays riches, les situations ne sont pas comparables.

Les données principales

- Les analyses

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Date de rédaction le 25 janvier 2011

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