Les enfants d’ouvriers sont largement sous-représentés dans l’enseignement supérieur

25 novembre 2016 - Près d’un tiers des étudiants sont enfants de cadres supérieurs et un sur dix a des parents ouvriers. Les premiers représentent la moitié des étudiants des filières les plus sélectives, comme les classes préparatoires aux grandes écoles, contre 6 % pour les enfants d’ouvriers.


Les jeunes issus du milieu ouvrier sont largement sous-représentés dans l’enseignement supérieur : ils représentent 10,7 % des étudiants selon le ministère de l’Éducation nationale [1] alors qu’ils constituent 29,2 % des jeunes de 18 à 23 ans. Inversement, les enfants de cadres supérieurs représentent 30 % des étudiants et 17,5 % des 18-23 ans.

Ces données pour l’ensemble de l’enseignement supérieur masquent des écarts selon les filières. Pour le comprendre, nous avons calculé le rapport entre la part d’enfants de cadres et celle d’enfants d’ouvriers dans l’enseignement supérieur selon le type d’études. Parmi l’ensemble des jeunes de 18 à 23 ans, on compte 0,6 enfant de cadres pour un d’ouvrier. Dit autrement, les enfants de cadres sont 40 % moins nombreux dans cette classe d’âge.

Dans les sections de techniciens supérieurs (BTS), le rapport enfants de cadres/enfants d’ouvriers est quasiment le même que dans la population des jeunes : on compte 0,7 enfant de cadres pour un ouvrier. Les BTS, et dans une moindre mesure les IUT, bien mieux dotés financièrement que l’université généraliste, sont clairement une voie de promotion sociale pour une partie des enfants des milieux populaires, qui disposent alors de diplômes nettement supérieurs à ceux de leurs parents. Même si cela ne leur permet pas dans tous les cas d’accéder à des emplois du même niveau que ceux occupés par des étudiants sortant des autres filières de l’enseignement supérieur.

C’est ailleurs que l’écart se creuse. A l’université, pour l’ensemble des filières, les enfants de cadres sont trois fois plus présents que les enfants d’ouvriers et plus on s’élève dans les années, moins les jeunes de milieux populaires sont présents (voir le 2e tableau ci-dessous). Dans les classes préparatoires et les écoles d’ingénieurs, c’est huit fois plus. A eux seuls, les enfants de cadres occupent la moitié des places dans ces filières. Dans les écoles normales supérieures, les enfants de cadres sont vingt fois plus représentés que ceux d’ouvriers. De fait, on n’y trouve quasiment pas d’enfants de milieux populaires (2,7 % d’enfants d’ouvriers et 6,7 % d’employés).

L'origine sociale des étudiants selon les filières
Unité : %
Agriculteurs, artisans, commerçants et chefs d'entreprise
Cadres et professions intellectuelles supérieures
Professions intermédiaires
Employés
Ouvriers
Retraités et inactifs
Non renseignés

Part d'enfants de cadres/part d'enfants d'ouvriers
Écoles normales supérieures12,153,212,36,72,74,88,119,7
Ecoles de commerce13,937,16,44,52,55,130,414,8
Ecoles d'ingénieurs (1)11,546,511,77,56,07,49,37,8
Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE)10,649,512,010,16,46,45,17,7
Université9,130,012,712,710,813,111,52,8
- Dont Institut universitaire de technologie (IUT)11,528,816,915,814,68,73,72,0
Section de technicien supérieur (BTS)10,113,812,015,620,413,115,00,7
Ensemble des étudiants français9,830,311,911,910,711,813,52,8
Ensemble des Français de 18 à 23 ans13,117,517,78,929,26,86,80,6
France métropolitaine et DOM. (1) Y compris les formations d'ingénieurs en partenariat et les formations d'ingénieurs universitaires.
Source : ministère de l'Education nationale - Données 2014-2015 - © Observatoire des inégalités

A la fac, les enfants d’ouvriers disparaissent au fil des études

A l’université, la part des enfants des catégories modestes diminue au fur et à mesure de l’élévation du cursus. Sur 823 633 étudiants en licence en 2014-2015, 14,6 % sont enfants d’employés, 12,7 % d’ouvriers. En master, ces données tombent respectivement à 9,7 % et 7,8 % pour un effectif de 453 721 étudiants et en doctorat à 7 % et 5,2 % (pour 35 482 étudiants). A l’inverse, la proportion de jeunes dont les parents sont cadres, déjà la plus élevée en licence (27,9 %), augmente tout au long du cursus, de 33,5 % en master à 34,3 % en doctorat. Au final, pour les plus diplômés, l’enseignement supérieur universitaire est tout autant sélectif socialement que les grandes écoles même si le tri s’effectue plus tardivement dans le cursus.

L'origine sociale des étudiants à l'université par cursus
Unité : %
Licence
Master
Doctorat
Agriculteurs1,71,71,4
Artisans, Commerçants et Chefs d'entreprises86,75
Employés14,69,77
Ouvriers12,77,85,2
Professions intermédiaires13,611,39,7
Professions libérales, cadres supérieurs27,933,534,3
Retraités, inactifs12,613,620
Indéterminé915,717,4
Effectif823 633453 72135 482
France métropolitaine et DOM.
Source : ministère de l'Education nationale - Données 2014-2015 - © Observatoire des inégalités

L’accès à l’enseignement supérieur a progressé pour toutes les catégories sociales au cours des années 1990. La proportion des enfants d’ouvriers et d’employés ayant accès à l’enseignement supérieur est ainsi passée de 20 à 39 % entre 1990 et 2000. Celle des enfants de cadres supérieurs ou de professions intermédiaires de 50 à près de 80 %. La stagnation, voire la baisse, du taux d’accès à partir de la fin des années 1990 est frappante. L’écart entre milieux sociaux se maintient.

L’enseignement supérieur français présente trois visages : un enseignement court, technique, et doté de moyens (les BTS et les IUT), qui est pour partie accessible aux milieux populaires et peut constituer des voies de promotion sociale ; un enseignement universitaire généraliste, faiblement doté, où les enfants de milieux modestes sont présents, mais au premier cycle et dans certaines filières souvent dévalorisées (ils disparaissent dans les filières sélectives, comme la médecine ou au fil des cycles universitaires) ; enfin, un système de classes préparatoires et de grandes écoles très richement dotées en moyens mais qui n’intègrent les jeunes de milieu modeste qu’au compte-gouttes.

Le système d’enseignement supérieur « n’augmente » pas les inégalités, comme on le lit parfois. Il peut être aussi vecteur de promotion sociale grâce à de bonnes filières techniques. Mais il est vrai que les filières élitistes très bien équipées demeurent particulièrement fermées socialement.

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Notes

Date de rédaction le 6 septembre 2011

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