Il existe trois façons différentes de mesurer la pauvreté, mais pas de norme objective. Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
La mesure relative
Jusque que récemment, on considérait comme pauvre toute personne vivant avec la moitié du revenu « médian » [1], revenu qui partage l’effectif des ménages en deux (autant gagne plus, autant gagne moins). Cette mesure est dite « relative » car la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian.
Souvent on utilise l’expression du « seuil à 50 % ». Si le revenu médian est de 1 500 euros pour une personne seule, le seuil de pauvreté = 1 500 * 50/100 (ou divisé par 2) = 750 euros. Mais la France est passée à une définition plus extensive, souvent utilisée par les institutions européennes : le seuil est fixé à 60 % du revenu médian. Du coup notre seuil = 1 500 * 60/100 = 900 euros.
Aucun seuil n’est plus juste ou plus objectif que l’autre. On pourrait aussi utiliser un seuil de 40 %. Mais le choix des seuils a un impact considérable sur l’amplitude de la population que l’on étudie : 4,8 millions de personnes avec le seuil à 50 % ou 8,6 millions avec celui à 60 %... Dans un cas et dans l’autre, on ne parle pas de la même chose. La seconde définition est beaucoup plus étendue : pour certains, c’est une bonne façon de frapper l’opinion, pour d’autres, on ne parle plus de la même chose et on rassemble des populations qui vivent dans des conditions très différentes.
| Le seuil ancré dans le temps Le seuil de pauvreté dit « ancré par le temps », utilisé par le gouvernement est un seuil relatif au niveau de vie médian à un moment donné. On dit qu’il est « ancré dans le temps » parce qu’il n’est réactualisé qu’en fonction de l’inflation. Le seuil habituel évolue en fonction du revenu médian, qui lui augmente par l’effet de l’inflation mais aussi de l’enrichissement réel (on dit aussi « en volume »). Le seuil ancré dans le temps ne fait donc plus dépendre la pauvreté de l’évolution de la richesse. C’est une mesure qui revient à figer les niveaux et les modes de vie à un moment donné. Le seuil serait divisé par deux si on l’avait fixé dans les années 1970... Les besoins évoluent avec cet enrichissement. |
Les titulaires de minima sociaux
On peut aussi mesurer le nombre de pauvres à partir de celui des titulaires de minima sociaux. On comptabilise alors les personnes « reconnues » comme démunies au sein de la société par l’administration. Au total, un peu plus de 3,6 millions de personnes étaient allocataires de l’un des neuf dispositifs de minima sociaux en 2010. En comptabilisant les ayants droits (conjoints, enfants...), plus de 6,3 millions d’individus vivent d’une allocation de ce dispositif. La difficulté, c’est que le nombre de pauvres évolue en fonction de la législation : une règle durcissant l’accès au RSA fait baisser le nombre de titulaires, mais pas forcément celui des pauvres. Et inversement : la création du RMI en 1989 a fait « apparaître » une pauvreté qui existait auparavant…
La pauvreté en termes de conditions de vie
Les mesures précédentes ne reposent que sur des critères monétaires ou administratifs. Or la conséquence de la pauvreté, c’est l’exclusion de certaines pratiques, certaines consommations. Lesquelles au juste ? Pour mieux comprendre le phénomène de l’intérieur, l’Insee a mesuré les privations dont souffre une partie de la population, ce que les chercheurs appellent « la pauvreté en conditions de vie ». L’institut établit une longue liste et pose la question aux ménages : pouvez-vous chauffer votre logement ? recevoir des amis ? remplacer les meubles ? etc.
Ainsi, en France, 6,8 % des ménages n’ont pas les moyens de maintenir leur logement à la bonne température, 2,9 % des Français indiquent ne pas avoir fait de repas complets pendant au moins une journée au cours des deux dernières semaines, etc. On peut calculer un taux de pauvreté en estimant que si une personne ne répond pas à un certain nombre de critères, il est pauvre. En 2006, si on considérait un ménage cumulant 8 difficultés sur 27 comme pauvre, on obtenait un taux de pauvreté en conditions de vie de 12,7 %. Mais cet indicateur dépend de façon très forte des critères utilisés.
| La pauvreté absolue Aux Etats-Unis, la pauvreté est définie à partir d’un ensemble de biens et de services jugés indispensables. Cet ensemble a été défini en 1965 et n’a que très peu été modifié depuis, hormis la prise en compte de l’information (pour en savoir plus). Pour l’année 2008, le seuil de pauvreté américain pour une personne seule vaut 627 euros, soit 17 % de moins que le seuil à 50 % du revenu médian utilisé en France. |
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Source Photo : LordFerguson
Actualisation d’un article publié le 26 mars 2010.
[1] Après impôts et prestations sociales
le 2 mai 2013
« La pauvreté ne reculera que si le chômage décroit », entretien avec François Chérèque, inspecteur général des affaires sociales
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Le prix « Jeunesse pour l’égalité » est terminé ! Nous avons reçu 57 films : pour une première, c’est un succès ! Découvrez les lauréats.
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