Comment mesurer la pauvreté ?

9 septembre 2014 - Il existe trois façons différentes de mesurer la pauvreté, mais pas de norme objective. Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.


La mesure relative

Longtemps en France on considérait comme pauvre toute personne vivant avec la moitié du niveau de vie   « médian   ». Cette mesure est dite « relative » car la pauvreté est mesurée par rapport au revenu médian. Souvent on utilise l’expression du « seuil à 50 % ». Si le revenu médian est de 1 600 euros pour une personne seule, le seuil de pauvreté = 1 600 * 50/100 (ou divisé par 2) = 800 euros. Mais la France est passée à une définition plus extensive, souvent utilisée par les institutions européennes : le seuil est fixé à 60 % du revenu médian. Du coup notre seuil = 1 600 * 60/100 = 960 euros.

Aucun seuil n’est plus juste que l’autre. On pourrait aussi utiliser un seuil de 40 %. Mais le choix des seuils a un impact considérable sur l’amplitude de la population que l’on étudie : 5 millions de personnes avec le seuil à 50 % ou 8,6 millions avec celui à 60 % pour l’année 2012... La seconde définition est beaucoup plus étendue : pour certains, c’est une bonne façon de frapper l’opinion, pour d’autres, on ne parle plus de la même chose et on rassemble des populations qui vivent dans des conditions très différentes [1].

Quand le niveau de vie médian baisse, le seuil de pauvreté se réduit
Le niveau de vie médian est passé de 1672 euros en 2011 à 1656 euros en 2012. Cette légère baisse due à l’amplification de la crise au provoqué une diminution des seuils de pauvreté. Le seuil a 60 % est passé de 1003 euros à 993 euros. Les personnes qui touchaient 1 000 euros par mois étaient pauvres en 2011 mais ne l’étaient plus en 2012. Du coup, le nombre de pauvres a baissé de 200 000 en 2012.

Les titulaires de minima sociaux

On peut aussi mesurer le nombre de pauvres à partir de celui des titulaires de minima sociaux. On comptabilise alors les personnes « reconnues » comme démunies au sein de la société par l’administration. Au total, 3,8 millions de personnes étaient allocataires de l’un des neuf dispositifs de minima sociaux fin 2012. En comptabilisant les ayants droits (conjoints, enfants...), plus de six millions d’individus vivent d’une allocation de ce dispositif. La difficulté, c’est que le nombre de pauvres évolue en fonction de la législation : une règle durcissant l’accès au RSA fait baisser le nombre de titulaires, mais pas forcément celui des pauvres. Et inversement : la création du RMI en 1989 a fait « apparaître » une pauvreté qui existait auparavant…

La pauvreté en termes de conditions de vie

Les mesures précédentes ne reposent que sur des critères monétaires ou administratifs. Or la conséquence de la pauvreté, c’est l’exclusion de certaines pratiques, certaines consommations. Lesquelles au juste ? Pour mieux comprendre le phénomène de l’intérieur, l’Insee a mesuré les privations dont souffre une partie de la population, ce que les chercheurs appellent « la pauvreté en conditions de vie ». L’institut établit une longue liste et pose la question aux ménages : pouvez-vous chauffer votre logement ? recevoir des amis ? remplacer les meubles ? etc.

Ainsi, en France, 6 % des ménages n’ont pas les moyens de maintenir leur logement à la bonne température, 28 % des Français n’ont pas les moyens de partir en congés, etc. On peut calculer un taux de pauvreté en estimant que si une personne ne répond pas à un certain nombre de critères, il est pauvre. En 2012, si on considérait un ménage cumulant 8 difficultés sur 27 comme pauvre, on obtenait un taux de pauvreté en conditions de vie de 12 %. Mais cet indicateur dépend de façon très forte des critères utilisés. Il a notamment baissé entre 2008 et 2012, ce qui paraît pour le moins surprenant [2] .

La pauvreté absolue
Aux Etats-Unis, la pauvreté est définie à partir d’un ensemble de biens et de services jugés indispensables. Cet ensemble a été défini en 1965 et a peu été modifié depuis, hormis la prise en compte de l’inflation (pour en savoir plus). Pour l’année 2012, le seuil de pauvreté américain pour une personne seule vaut 760 euros, et le pays compte 15 % de pauvres. Le seuil de 50 % en France est de 827 euros, soit 9 % de plus et le taux presque deux fois moindre.

Photo / © VRD - Fotolia.com

Notes

Date de rédaction le 9 septembre 2014

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