« Le modèle français est performant en temps de crise ». Entretien avec Angel Gurría , secrétaire général de l’OCDE.

8 septembre 2009 - Longtemps critique vis-à-vis du modèle français, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) se veut aujourd’hui « pragmatique » et salue les effets bénéfiques des amortisseurs sociaux face à la flambée du chômage. Extraits de l’entretien avec le secrétaire général de l’organisation internationale publié dans la revue Acteurs publics.


La crise a imposé un retour en force de l’État et des dépenses publiques dans l’économie de la plupart des pays développés. Pensez-vous que cela soit une tendance de long terme, en particulier en France ?

L’État n’est pas de retour, il a toujours été là, notamment en France, où il est plus visible que dans d’autres pays de l’OCDE. Il faut voir que dans cette crise, le rôle de l’État est devenu central car c’était la seule manière de stabiliser la situation. Mais cette intervention forte doit être temporaire, bien ciblée et surtout opportune.

Assiste-t-on à une réhabilitation du modèle français, avec ses stabilisateurs sociaux, modèle qui a pourtant été critiqué, notamment par l’OCDE, avant la crise…

Tout est question d’équilibre. Il faut un État fort qui protège et délivre des services, mais aussi un État agile pour répondre aux circonstances qui changent. Aux États-Unis, il y a moins de protection et plus de flexibilité, alors que dans les pays d’Europe du Nord, c’est l’inverse. Globalement, la France se situe au milieu.

L’OCDE a-t-elle changé d’avis sur le modèle français ?

Nous sommes pragmatiques. Nous savons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. En temps de crise extrême, le modèle français est plus adapté qu’un autre modèle qui, en période de prospérité économique, marchait très bien. En d’autres termes, quand la croissance est là, la France est plutôt en retard sur la productivité, sur la concurrence, mais en période de crise, le modèle français est performant.

Face à la hausse vertigineuse du chômage, la France a-t-elle les moyens d’amortir le choc ?

Effectivement, le problème aujourd’hui est que nous affrontons une crise qui provoque beaucoup de chômage : 25 millions de chômeurs en plus entre 2007 et 2010 pour les pays de l’OCDE et 50 millions dans le monde, selon l’Organisation internationale du travail. Tous les systèmes de sécurité sociale sont sous pression et peuvent provoquer un grand trou dans les finances publiques. Mais nous n’avons pas le choix, car si l’on ne fait rien, le risque, à moyen ou long terme, est très important pour la société et les finances publiques.

Quel regard portez-vous sur l’administration française ?

La France a toujours été une bonne élève en matière d’administration. Je me souviens qu’au Mexique, on disait que la France était l’unique pays du monde avec une économie de marché qui gérait bien ses entreprises publiques (électricité, téléphone, nucléaire, automobile, etc.).

Les services publics doivent-ils s’ouvrir davantage à la concurrence ?

Il faut toujours ouvrir à la concurrence quand on le peut. Et si l’État veut conserver sa présence dans certains secteurs, il faut s’assurer qu’il y existe une alternative pour le consommateur.

La France doit-elle accélérer la réforme de son marché du travail ?

En période de crise, on est toujours tenté d’arrêter les réformes alors qu’il faudrait les accélérer. Quand on entreprend des réformes pendant la crise, on gagne la confiance du marché et, sur le plan politique, une certaine admiration, car c’est une preuve de courage… Mais surtout, on gagne sur le moyen terme. Avec une telle crise, si l’on n’est concentré que sur le court terme, cela peut virer au cauchemar demain. Les pays doivent donc prendre des mesures immédiates, de court terme, pour enrayer la crise, mais aussi voir plus loin. Si un plan de relance ne fonctionne pas, eh bien, il faut réessayer autre chose ! Je ne sais pas quelle est la bonne somme qu’il faut injecter, mais il vaut mieux mettre plus que pas assez…

Propos recueillis par Laurent Fargues pour la revue Acteurs publics.

Photo / OCDE

Date de rédaction le 8 septembre 2009

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