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L’ouverture sociale des grandes écoles
le 10 septembre 2009

Depuis un peu moins d’une décennie, Sciences Po, suivie par d’autres grandes écoles françaises, mettent en place des dispositifs dits d’ouverture sociale. Est-il possible, en France, à partir de ces dispositifs, de démocratiser l’accès à la formation d’élite ? Benjamin Schmäling, chercheur allemand en langues, économie et espace culturel et spécialisé autour de l’espace culturel francophone, nous propose ici une réflexion stimulante sur les inégalités d’accès aux grandes écoles.



Depuis les années soixante, on assiste à une démocratisation de l’enseignement, avec la naissance du collège unique, l’augmentation considérable du nombre de bacheliers et l’ouverture massive des universités. La formation d’excellence assurée par les Grandes Écoles, en revanche, semblait jusqu’à présent complètement exempte de cette évolution. Reposant sur des épreuves juridiquement ouvertes à tous et à toutes, la sélection de ces institutions a été vue comme un élément du principe méritocratique par excellence. Il n’en reste pas moins que l’on a dû attendre les années 2000 pour voir émerger les premiers efforts en faveur d’une vraie égalité des chances dans l’enseignement supérieur. Des initiatives politiques ont vu le jour, telle la Charte pour l’égalité des chances en 2005 ou la déclaration de l’année 2006 l’année de l’égalité des chances. Mais aussi de la part des Grandes Écoles même, des initiatives visant à réduire les inégalités d’accès ont été mises en œuvre ces dernières années.
Après l’introduction des « Conventions Éducation Prioritaire » (CEP) par Sciences Po en 2001, un dispositif instaurant une voie aménagée d’accès pour des jeunes issus de milieux défavorisés, outre les épreuves d’entrée traditionnelles, l’ESSEC, prestigieuse école de commerce, a opté pour un autre genre de dispositif deux ans plus tard, à savoir un programme de tutorat intitulé « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? » (PQPM). Commençant en seconde au lycée, il prévoit un accompagnement de jeunes d’origine moins aisée sur une durée de trois ans pour les préparer à l’intégration d’un établissement de l’enseignement supérieur par les voies classiques d’accès. Les initiatives des Grandes Écoles se sont multipliées par la suite. Néanmoins, ce sont ces deux approches qui sont les plus présentes dans le débat public, puisque leur logique et leur fonctionnement respectifs sont fondamentalement opposés. Aussi seront-elles considérées comme deux modèles de l’ouverture sociale des Grandes Écoles dans le cadre de ce travail.
Huit années après la mise en place du dispositif de Sciences Po, et face à l’imitation massive de l’initiative PQPM par d’autres Grandes Écoles, il nous semble opportun de dresser un premier bilan. En quoi les deux initiatives modèles se distinguent-elles exactement ? Pourquoi n’ont-elles été mises en place que récemment ? Quelle est leur portée quantitative respective, et comment prennent-elles en compte les mécanismes de sélection sociale ? Y a-t-il aussi d’autres effets sur les personnes et les institutions impliquées dans l’ouverture sociale ? Et pour quel modèle une école devrait-elle opter pour élargir le plus efficacement son recrutement ? À partir de ces questions, nous nous proposons de comparer les deux initiatives modèles sur le mode contrastive et de les évaluer à partir d’exemples concrets, dont principalement ceux de l’École Polytechnique, l’ESSEC, HEC et Sciences Po Paris. Ainsi la présente analyse est-elle censée donner finalement une réponse à la question principale de cet ouvrage : est-il possible, à partir de ces dispositifs, de démocratiser l’accès à la formation d’élite ?

Ayant de bons effets primaires et secondaires, nous nous apercevrons que les initiatives des Grandes Écoles peuvent effectivement présenter une première solution au problème des inégalités sociales dans la formation d’excellence. Cependant, leur portée réduite et l’incohérence qui subsiste entre, d’une part, la médiatisation et la promotion de l’ouverture sociale, et d’autre part, le maintien de certains mécanismes de sélection, impliquent que les initiatives ne peuvent être qu’une solution transitoire. Sur le long terme, des réformes plus approfondies seront nécessaires pour parvenir à la réalisation d’une vraie égalité des chances et d’une véritable démocratisation de la formation d’élite. Quand bien même une suppression des Grandes Écoles serait impensable, il faudrait du moins développer beaucoup plus de passerelles entre les deux institutions.

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Ouverture sociale des grandes écoles






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Inégalités et discriminations

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