Depuis un peu moins d’une décennie, Sciences Po, suivie par d’autres grandes écoles françaises, mettent en place des dispositifs dits d’ouverture sociale. Est-il possible, en France, à partir de ces dispositifs, de démocratiser l’accès à la formation d’élite ? Benjamin Schmäling, chercheur allemand en langues, économie et espace culturel et spécialisé autour de l’espace culturel francophone, nous propose ici une réflexion stimulante sur les inégalités d’accès aux grandes écoles.
Depuis les années soixante, on assiste à une démocratisation de l’enseignement, avec la naissance du collège unique, l’augmentation considérable du nombre de bacheliers et l’ouverture massive des universités. La formation d’excellence assurée par les Grandes Écoles, en revanche, semblait jusqu’à présent complètement exempte de cette évolution. Reposant sur des épreuves juridiquement ouvertes à tous et à toutes, la sélection de ces institutions a été vue comme un élément du principe méritocratique par excellence. Il n’en reste pas moins que l’on a dû attendre les années 2000 pour voir émerger les premiers efforts en faveur d’une vraie égalité des chances dans l’enseignement supérieur. Des initiatives politiques ont vu le jour, telle la Charte pour l’égalité des chances en 2005 ou la déclaration de l’année 2006 l’année de l’égalité des chances. Mais aussi de la part des Grandes Écoles même, des initiatives visant à réduire les inégalités d’accès ont été mises en œuvre ces dernières années.
Après l’introduction des « Conventions Éducation Prioritaire » (CEP) par Sciences Po en 2001, un dispositif instaurant une voie aménagée d’accès pour des jeunes issus de milieux défavorisés, outre les épreuves d’entrée traditionnelles, l’ESSEC, prestigieuse école de commerce, a opté pour un autre genre de dispositif deux ans plus tard, à savoir un programme de tutorat intitulé « Une Grande École : Pourquoi pas moi ? » (PQPM). Commençant en seconde au lycée, il prévoit un accompagnement de jeunes d’origine moins aisée sur une durée de trois ans pour les préparer à l’intégration d’un établissement de l’enseignement supérieur par les voies classiques d’accès. Les initiatives des Grandes Écoles se sont multipliées par la suite. Néanmoins, ce sont ces deux approches qui sont les plus présentes dans le débat public, puisque leur logique et leur fonctionnement respectifs sont fondamentalement opposés. Aussi seront-elles considérées comme deux modèles de l’ouverture sociale des Grandes Écoles dans le cadre de ce travail.
Huit années après la mise en place du dispositif de Sciences Po, et face à l’imitation massive de l’initiative PQPM par d’autres Grandes Écoles, il nous semble opportun de dresser un premier bilan. En quoi les deux initiatives modèles se distinguent-elles exactement ? Pourquoi n’ont-elles été mises en place que récemment ? Quelle est leur portée quantitative respective, et comment prennent-elles en compte les mécanismes de sélection sociale ? Y a-t-il aussi d’autres effets sur les personnes et les institutions impliquées dans l’ouverture sociale ? Et pour quel modèle une école devrait-elle opter pour élargir le plus efficacement son recrutement ? À partir de ces questions, nous nous proposons de comparer les deux initiatives modèles sur le mode contrastive et de les évaluer à partir d’exemples concrets, dont principalement ceux de l’École Polytechnique, l’ESSEC, HEC et Sciences Po Paris. Ainsi la présente analyse est-elle censée donner finalement une réponse à la question principale de cet ouvrage : est-il possible, à partir de ces dispositifs, de démocratiser l’accès à la formation d’élite ?
Ayant de bons effets primaires et secondaires, nous nous apercevrons que les initiatives des Grandes Écoles peuvent effectivement présenter une première solution au problème des inégalités sociales dans la formation d’excellence. Cependant, leur portée réduite et l’incohérence qui subsiste entre, d’une part, la médiatisation et la promotion de l’ouverture sociale, et d’autre part, le maintien de certains mécanismes de sélection, impliquent que les initiatives ne peuvent être qu’une solution transitoire. Sur le long terme, des réformes plus approfondies seront nécessaires pour parvenir à la réalisation d’une vraie égalité des chances et d’une véritable démocratisation de la formation d’élite. Quand bien même une suppression des Grandes Écoles serait impensable, il faudrait du moins développer beaucoup plus de passerelles entre les deux institutions.
le 12 juin 2012
Le Nouvel Age de la solidarité
Privilégier des systèmes sociaux universalistes permettrait de renouer avec une certaine idée de la solidarité, moins stigmatisante. Extrait du livre du sociologue Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité (Seuil/La république des idées, février 2012).
le 10 avril 2012 La plupart des pays riches font face à une augmentation de la pauvreté chez les enfants. Etat des lieux des politiques destinées à combattre ce phénomène, extrait de Politiques sociales et familiales.
Réduction de la pauvreté des enfants : comparaisons internationales
le 15 février 2012 Aux Etats-Unis comme en Europe, des études tentent de déterminer dans quelle mesure le lieu de résidence dans les villes s’explique par la catégorie socio-professionnelle ou l’origine ethnique des personnes. Un document de travail du Centre d’études de l’emploi.
Ségrégation urbaine et accès à l’emploi : une introduction
le 9 mars 2010
Des quotas légaux et partisans à la parité : panorama des stratégies en Europe
La plupart des pays européens sont engagés dans des politiques favorables à l’égalité hommes/femmes au sein de leurs institutions. Malgré tout, beaucoup d’efforts restent à fournir. Un état des lieux proposé par Réjane Sénac-Slawinski, politologue au CNRS. Article extrait de Informations sociales, 2009/1, n° 151, p. 30-39.
le 10 décembre 2009
L’évolution des inégalités entre ménages face aux dépenses de logement (1988 - 2006)
Le coût du logement en France a davantage progressé pour les plus pauvres que pour les riches, montre Gabrielle Fack, économiste et professeur assistant à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. L’amélioration de la qualité des logements n’explique pas tout. Article extrait de Informations sociales, 2009/5, n°155, Caisse nationale des allocations familiales.
le 1er octobre 2009
Ecologie et inégalités
Ecologie et inégalités sont deux domaines très souvent imbriqués. Economiste et conseiller scientifique à l’OFCE (Centre de recherche en économie à Sciences Po) et chercheur invité au Centre d’études européennes de l’Université d’Harvard, Eloi Laurent nous propose une synthèse des principales problématiques liées aux enjeux environnementaux et sociaux.
le 5 août 2009 Depuis le 1er juin 2009, le Revenu de Solidarité Active (RSA) est entré en vigueur en France. Si ce plan de réinsertion sociale est sujet à polémiques, il en fût de même pour le plan qu’il remplace, à savoir le Revenu Minimum d’Insertion (RMI). Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, nous propose une rétrospective et une analyse de ces deux mesures phares.
Du RMI au RSA, en passant par le RMA
le 7 novembre 2006 L’Observatoire des inégalités vient de publier « L’état des inégalités en France 2007 ». L’ouvrage reste... inégal, le point de vue de Pierre Boisard, CNRS, rapporteur au Conseil de l’emploi des revenus et de la cohésion sociale (Cerc).
Un ouvrage inégal : L’État des inégalités en France
le 24 avril 2005 Pour penser la justice sociale, faut-il opposer demandes de reconnaissance et demandes de redistribution ? Telle est la question à laquelle Nancy Fraser tente de répondre dans Qu’est-ce que la justice sociale ? Une analyse de Pauline Thévéniaud.
Qu’est-ce que la justice sociale ?
le 14 février 2004 Martha Nussbaum et Amartya Sen, la philosophe et l’économiste, ont joint leur effort pour rassembler, en une passionnante étude, tout une série de contributions, proposées par d’éminents universitaires (Charles Taylor, Derek Parfit, Julia Annas, Thomas Scanlon, Michael Walzer, Onora O’Neill, etc.) et consacrées à la notion de « qualité de vie ».
The Quality of life
le 14 février 2004 Dans cet important ouvrage collectif, les auteurs s’attachent à réfuter les thèses d’un certain renouveau ultra-conservateur américain selon lesquelles l’intelligence serait héréditaire (et qu’il est par conséquent inutile de combattre les inégalités), et les différences raciales expliqueraient la réussite des individus.
Inequality by Design. Cracking the Bell Curve Myth
le 14 février 2004 Dans ce livre ambitieux, Anne Phillips cherche à montrer qu’il n’est pas de tâche plus urgente que de repenser de concert l’égalité politique et l’égalité économique.
Which Equalities Matter ?
le 26 septembre 2003 Julien Damon nous livre une critique argumentée des politiques publiques à destination des plus démunis.
La question SDF
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