Qui sont donc les classes moyennes ?

16 juillet 2014 - Les classes moyennes occupent le débat public. Mais de qui parle-t-on exactement ? Quelques éléments pour tenter d’y voir plus clair. Par Valérie Schneider et Louis Maurin de l’Observatoire des inégalités.


Le concept de classes moyennes est vague. Les « classes moyennes supérieures » sont le plus souvent des couches aisées rebaptisées « moyennes » dans les années 2000 pour profiter des politiques de baisses d’impôts. Un grand nombre de commentateurs considèrent qu’une personne seule dont le revenu mensuel après impôts s’élève à 3 000 euros appartient au groupe moyen, alors qu’elle figure parmi les 10 % les plus favorisés.

Comme pour la pauvreté, il n’existe pas de définition objective des classes moyennes. Chacun peut placer la barre où il l’entend. Jusqu’où aller ? Parler de « moyennes », pour des catégories situées parmi les 10 % les plus aisées n’a pas grand sens. Si c’est le cas, quasiment toute la société devient moyenne, la notion même de hiérarchie des revenus disparaît sauf pour les extrêmes.

Pour clarifier le débat, l’Observatoire des inégalités reprend le découpage suivant, identique à celui utilisé par le Crédoc [1] : les 30 % les plus démunis composent les catégories « modestes ». Les 20 % les plus riches composent les catégories « aisées ». Les classes « moyennes » se situent entre les 30 % les plus démunis et les 20 % les mieux rémunérés. Elles représentent 50 % de la population.

Les limites de cette définition

Ce travail a plusieurs limites. Les bornes utilisées sont subjectives, mais c’est le cas de toute définition. Elle n’est ni plus ni moins subjective que la définition que donne l’Insee de la pauvreté, pourtant largement reprise [2]. Nous donnons les éléments les plus fins disponibles. Malheureusement, l’Insee ne diffuse pas de données sur les niveaux de vie   par tranche de 1 % ou 5 %.

Notre découpage est très rudimentaire. Nous pourrions par exemple sans doute élargir l’ensemble des catégories modestes et restreindre la partie des catégories aisées aux 15 % les plus riches. Nous n’utilisons pas ici la notion de « richesse ». Les écarts sont considérables au sein des catégories « aisées », entre le cadre moyen dont le niveau de vie   équivaut à 2 200 euros mensuels (surtout s’il vit à Paris) et les dizaines de milliers d’euros que peuvent toucher quelques cadres dirigeants. Le seuil du bas des classes moyennes est faible, on peut estimer plus juste de le placer à 35 ou 40 %, voire plus.

L’approche « statistique » - les classes moyennes des revenus sont celles qui se situent autour du revenu médian   - permet de mieux comprendre la réalité des revenus. En revanche, elle peut avoir un intérêt limité d’un point de vue sociologique, si l’on pense les classes moyennes comme une fraction intermédiaire entre une minorité de ceux qui décident et la masse de ceux qui exécutent [3]. Notre définition ne tient aucunement compte d’autres éléments comme le niveau de diplôme ou le statut de l’emploi par exemple, qui peuvent influencer la position sociale. Il ne s’agit que d’une vision « monétaire » de la hiérarchie sociale.

Cette définition utilise des données après impôts. Elle est plus proche des véritables niveaux de vie, mais s’éloigne des revenus perçus effectivement, notamment pour les plus aisés. Mais nous ne tenons pas compte du coût du logement. Le locataire d’un appartement à Paris aura, après loyer, un niveau de vie très inférieur à celui d’une ville moyenne de province. Un studio de 20 m2 par exemple coûte au minimum 500 euros mensuels à Paris, contre moitié moins dans d’autres grandes villes.

Lire aussi :

Photo/ © Dmitry Nikolaev - Fotolia.com

Notes

[1« Les classes moyennes sous pression », Régis Bigot, Consommation et modes de vie n°219 – mars 2009, Crédoc.

[2Dans un article nous avons critiqué la façon dont le nouveau seuil de pauvreté en exagère le niveau, lire Huit millions de pauvres, un chiffre exagéré.

[3Pour une critique pertinente des critères que nous utilisons voir « Classes moyennes, démocratie et changement social », Philippe Raynaud, Cahiers Français n°378, Documentation française, 1er trimestre 2014.

Date de rédaction le 4 mars 2011

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